Petit-fils de paysans, fils d'instituteurs, il est entré à l'ENS en 1931 et en est sorti premier à l'agrégation de lettres trois ans plus tard. Il a enseigné Virgile et Racine dans des lycées de province et de Paris pendant dix ans, avant de rencontrer Charles de Gaulle. Georges Pompidou est l'une des illustrations les plus pures de ce que la République méritocratique peut produire – et l'un des présidents les plus méconnus de la Ve.
Pompidou à l'ENS Ulm : premier à l'agrégation, ami de Senghor
Georges Jean-Raymond Pompidou naît le 5 juillet 1911 à Montboudif, village du Cantal. Son père Léon est instituteur puis professeur d'espagnol. Sa mère Marie-Louise est institutrice. Dans cette France de la Troisième République où l'école publique est le principal ascenseur social, les Pompidou ont compris depuis longtemps que l'instruction est le seul capital transmissible.
Après le lycée d'Albi et une khâgne à Toulouse, Georges rejoint la classe préparatoire du lycée Louis-le-Grand à Paris. Il intègre l'ENS de la rue d'Ulm en 1931, reçu 8e ex-aequo. C'est dans les couloirs de l'ENS qu'il noue une amitié avec Léopold Sédar Senghor, étudiant sénégalais brillant qui deviendra l'un des fondateurs de la Négritude et futur président du Sénégal. Cette amitié dure toute leur vie – en 1979, Senghor lui dédiera la sixième élégie de ses Élégies majeures.
Il se présente à l'agrégation de lettres en 1934 et est reçu premier – cacique, dans le jargon normalien. En parallèle, il a obtenu le diplôme de l'École libre des sciences politiques. Le futur président avait déjà préparé Sciences Po pendant ses années à l'ENS, en prévision d'une bifurcation possible vers la haute fonction publique. Il hésite à l'époque entre les lettres et l'État. Les lettres gagnent – pour dix ans.
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Ce que l'ENS Ulm a construit chez Pompidou – et comment il s'en est servi
L'ENS lui a transmis une chose rare dans le monde politique : la rigueur du texte. Pompidou n'improvise pas ses discours – il les écrit, les travaille, les taille. Quand il rédige ses mémoires ou ses essais politiques, la phrase est nette, sans excès ni ornement inutile. Cette économie de style, c'est la formation des lettres classiques – Virgile, Racine, la dissertation, la leçon devant les élèves.
L'ENS lui a aussi appris à tenir une position intellectuelle sous pression. En 1962, nommé Premier ministre par de Gaulle sans jamais avoir été élu, il affronte une Assemblée hostile et une motion de censure. Il tient. La capacité d'argumentation construite dans les amphis de l'ENS – défendre une thèse, anticiper les objections, ne pas céder sur le fond – est probablement ce qui lui a permis de survivre politiquement à une décennie de mandats sous un général qui n'aimait pas être contredit.
En pleine Occupation, pendant qu'il enseigne l'hypokhâgne au lycée Henri-IV, Pompidou travaille à une édition critique de Britannicus et envisage d'écrire des scénarios. L'homme qui deviendra l'artisan de la modernisation industrielle de la France passe l'Occupation à annoter Racine. Ce n'est pas une anecdote – c'est un trait de caractère.
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De l'ENS à l'Élysée : le chemin improbable d'un professeur de lettres
À la Libération, un ami gaulliste lui obtient un poste de chargé de mission au cabinet du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire. Pompidou n'a pas fait la Résistance – il le reconnaît lui-même. Ce qui le distingue aux yeux du Général, c'est autre chose : une intelligence analytique rare, une loyauté sans ambiguïté, et une capacité à formuler clairement ce que d'autres expriment confusément.
De 1948 à 1953, il est chef du cabinet de De Gaulle. Quand le Général revient au pouvoir en 1958, il l'invite dans sa voiture présidentielle lors de son investiture – geste symbolique fort de la part d'un homme peu démonstratif. En 1962, de Gaulle le nomme Premier ministre – un quasi-inconnu sans mandat électif. L'Assemblée vote une motion de censure. De Gaulle dissout. Pompidou est reconduit.
Six ans à Matignon. Puis la mise en "réserve de la République" après Mai 68. Puis le 15 juin 1969 : élu Président de la République avec 58,2 % des voix au second tour. Il a 57 ans. Le fils d'instituteurs de Montboudif est au sommet de l'État.
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La présidence Pompidou : modernisation, culture et mort au travail
Son septennat est celui de l'industrialisation accélérée de la France. La dissuasion nucléaire, le plan calcul, le Concorde, l'aménagement du territoire, la mensualisation des ouvriers – Pompidou conduit une modernisation économique à marche forcée, en rupture avec le gaullisme agricole et rural. Il soutient la construction d'autoroutes urbaines, transforme Paris – pas toujours du goût des Parisiens, mais avec une vision.
Le lettré n'a pas disparu derrière le chef d'État. C'est Pompidou qui décide de créer à Paris un centre d'art contemporain pluridisciplinaire dans le quartier des Halles. Le Centre Beaubourg, inauguré en 1977 sous Giscard et qui portera son nom, est l'un des projets culturels les plus audacieux de l'État français au XXe siècle. Un ancien professeur de lettres avait compris que la culture contemporaine méritait une maison d'une ampleur inédite.
Depuis 1971, Pompidou sait qu'il est atteint d'une maladie de Waldenström – un cancer du sang rare. Il gouverne en le cachant. Ses apparitions publiques, marquées par un visage gonflé par la cortisone, alimentent des rumeurs qu'il ne dément pas. Il meurt le 2 avril 1974 à Paris, en cours de mandat, à 62 ans. Le Général était mort en 1970 – Pompidou lui a survécu quatre ans, juste assez pour finir ce qu'il avait commencé.
Il a laissé derrière lui une France plus industrielle, un centre culturel qui porte son nom, et une façon de gouverner – discrète, efficace, sans rhétorique – que beaucoup de ses successeurs ont essayé d'imiter. Un normalien passé par Racine et Virgile avait gouverné la France pendant douze ans. L'ENS avait formé un professeur de lettres. Il était devenu autre chose – encore une fois.
Questions fréquentes sur Georges Pompidou
Quelle école a fait Georges Pompidou ?
Georges Pompidou a intégré l'ENS de la rue d'Ulm en 1931, reçu 8e ex-aequo. Il a été reçu premier à l'agrégation de lettres en 1934. Il avait également obtenu en parallèle le diplôme de l'École libre des sciences politiques.
Georges Pompidou a-t-il enseigné avant d'entrer en politique ?
Oui. Georges Pompidou a enseigné le français, le latin et le grec pendant dix ans : d'abord au lycée Saint-Charles de Marseille à partir de 1935, puis au lycée Henri-IV à Paris à partir de 1938, où il encadrait des classes de lettres supérieures et de préparation à l'École coloniale. Il n'est entré en politique qu'à la Libération, en 1944.
De quoi Georges Pompidou est-il mort ?
Georges Pompidou est mort le 2 avril 1974 d'une maladie de Waldenström, cancer du sang rare, à 62 ans, en cours de mandat présidentiel. Il avait caché sa maladie pendant plusieurs années et continuait de gouverner malgré une dégradation visible de son état de santé.





