02/05/2026

Alain, ENS Paris : le philosophe qui voulait faire Polytechnique, s’est engagé à 46 ans et a formé Simone Weil

Alain, de son vrai nom Émile Chartier, avait intégré l'ENS Ulm en 1889 et publié 5 000 Propos dans la presse. Il s'était engagé à 46 ans en 1914 et avait formé Simone Weil, Raymond Aron et Canguilhem.

Il avait voulu faire Polytechnique. C'est l'ENS qu'il avait préparée. Un seul professeur avait changé le cours de sa vie — Jules Lagneau, qu'il avait rencontré en khâgne. À 46 ans, dispensé du service militaire en tant que normalien, il s'était engagé volontairement dans l'artillerie. Il avait eu le pied broyé à Verdun. Il avait publié plus de 5 000 Propos dans la presse. Parmi ses élèves : Simone Weil, Raymond Aron, Georges Canguilhem, Julien Gracq. Alain avait pensé toute sa vie que penser, c'est dire non.

Alain à l'ENS Paris : boursier de Mortagne, Jules Lagneau et l'agrégation de philosophie

Émile-Auguste Chartier était né le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche, dans l'Orne, fils d'un vétérinaire. Boursier au lycée d'Alençon, brillant élève – il avait envisagé de préparer Polytechnique. C'est finalement la khâgne du lycée Michelet qui l'avait attiré. Là, en 1886, il avait rencontré Jules Lagneau, philosophe discret et fulgurant, qui avait changé en lui "toutes les évaluations". Alain écrira plus tard : "À vingt ans, j'ai vu l'esprit dans la nuée." Lagneau lui avait transmis Spinoza et l'exigence d'une pensée sans concession.

En 1889, il avait intégré l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. En 1892, il était reçu troisième sur huit à l'agrégation de philosophie. C'est là que commence la filière rectiligne du professeur : Pontivy, Lorient, Rouen, puis Paris. Mais Alain n'avait jamais voulu faire carrière dans le sens où le terme implique d'avancer. Il était resté professeur. Par choix. Parce que la classe était l'endroit où la pensée se testait en direct.

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Alain et les 5 000 Propos : philosopher dans la presse quotidienne

À partir de 1903, Alain avait commencé à publier dans La Dépêche de Rouen et de Normandie des chroniques qu'il intitulait "Propos du dimanche", puis "Propos du lundi", puis "Propos d'un Normand". À partir de 1906, la publication était devenue quotidienne. Plus de 3 083 Propos avaient paru dans ce seul journal jusqu'en 1914. La rédaction avait repris après-guerre dans diverses revues jusqu'en 1936. Au total, Alain avait publié plus de 5 000 Propos.

Le Propos est une forme brève – rarement plus d'une page – de réflexion philosophique à partir d'un événement quotidien, d'une observation, d'une lecture. Alain y avait inventé un journalisme philosophique sans équivalent : accessible sans être simplifié, exigeant sans être hermétique. La formule devait être courte, frappante, mémorisable. "Penser c'est dire non", avait-il écrit. "Toutes les passions viennent de ce que l'on subit, au lieu de gouverner." Ces formules avaient circulé dans toute la France éduquée de l'entre-deux-guerres.

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Alain engagé à 46 ans : Verdun, Mars ou la guerre jugée

Pacifiste convaincu depuis l'affaire Dreyfus, Alain avait milité dans ses Propos contre l'entrée en guerre jusqu'à l'été 1914. Puis, le 26 août 1914, à 46 ans – dispensé du service militaire en tant que normalien – il s'était engagé volontairement dans le 3e régiment d'artillerie. Il avait voulu juger la guerre de l'intérieur, non de loin. "Pour pouvoir parler de la guerre, il fallait d'abord la faire", avait-il dit.

En mai 1916, lors d'un transport de munitions vers Verdun, il s'était broyé le pied dans un rayon de roue de chariot. Démobilisé en octobre 1917, il était rentré au Vésinet, handicapé. En 1921, il avait publié Mars ou la guerre jugée – le pamphlet pacifiste le plus lu de l'entre-deux-guerres. Il y décrivait la guerre comme une machine à fabriquer l'obéissance, à éteindre le jugement individuel. C'était la pensée d'un homme qui avait vu Verdun de l'intérieur, et qui continuait à penser que la paix valait mieux – sans jamais prétendre que la guerre n'existait pas.

Alain au lycée Henri-IV : Simone Weil, Aron, Canguilhem

En 1909, Alain avait été nommé professeur de khâgne au lycée Henri-IV – la classe préparatoire littéraire la plus réputée de France. Il y avait enseigné jusqu'en 1933, date à laquelle une attaque cérébrale l'avait immobilisé. Vingt-quatre ans dans la même classe. Parmi ses élèves : Simone Weil (qui le vénérait), Raymond Aron, Georges Canguilhem, Julien Gracq, André Maurois, Jean Prévost.

André Maurois avait écrit : "Ce que je ne puis faire sentir, c'est l'animation de ces classes où l'on entrait avec l'espoir tenace de découvrir, ce matin-là, le secret du monde, et d'où l'on sortait avec la joie d'avoir compris qu'il n'y avait peut-être pas de secret, mais que néanmoins il était possible d'être un homme et de l'être dignement, noblement." Alain n'avait jamais voulu être autre chose que professeur. Il n'avait jamais postulé à l'université, jamais cherché les honneurs académiques. L'ENS l'avait formé. Il avait formé la génération suivante depuis une khâgne parisienne.

Émile Chartier, dit Alain, était mort le 2 juin 1951 au Vésinet, à 83 ans. Il avait refusé le prix Nobel de littérature qui lui avait été proposé. Il était enterré au Père-Lachaise. Trois associations de ses fidèles avaient perpétué son œuvre. "Toute la philosophie est là", avait dit de lui Simone Weil. La phrase vaut pour épitaphe.

Questions fréquentes sur Alain (Émile Chartier)

Quelle école a fait Alain (Émile Chartier) ?

Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier, avait intégré l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1889, après une khâgne au lycée Michelet. Il avait été reçu troisième à l'agrégation de philosophie en 1892. Il avait envisagé de préparer Polytechnique avant de se tourner vers la philosophie après la rencontre avec Jules Lagneau.

Qu'est-ce que les Propos d'Alain ?

Les Propos sont des chroniques philosophiques brèves qu'Alain avait publiées dans la presse à partir de 1903, d'abord dans La Dépêche de Rouen puis dans diverses revues. Plus de 5 000 Propos avaient paru au total jusqu'en 1936. Chaque Propos part d'une observation quotidienne ou d'un événement de l'actualité pour développer une réflexion philosophique accessible. Ils ont inventé une forme de journalisme philosophique sans équivalent dans la presse française.

Pourquoi Alain s'est-il engagé dans la Grande Guerre malgré son pacifisme ?

Alain s'était engagé volontairement le 26 août 1914 à 46 ans, bien qu'il fût dispensé du service militaire comme normalien et qu'il eût milité pour la paix. Il expliquait vouloir juger la guerre de l'intérieur plutôt que depuis un bureau parisien. Il avait eu le pied broyé à Verdun en 1916 et avait été démobilisé en 1917. Cette expérience avait directement nourri son pamphlet Mars ou la guerre jugée (1921).

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