01/04/2026

Esther Duflo, ENS Paris : la normalienne qui a révolutionné l’économie du développement depuis le MIT

Esther Duflo, normalienne promotion 1992, est la deuxième femme et la plus jeune personne à avoir reçu le Prix Nobel d'économie. Elle a changé la façon de mesurer la pauvreté.

Elle a reçu le Prix Nobel d’économie en 2019 à 47 ans – la plus jeune lauréate de l’histoire de ce prix, et la deuxième femme seulement en cinquante ans. Formée à l’ENS en histoire et économie, elle a construit au MIT une méthode qui a transformé la façon dont les économistes mesurent et combattent la pauvreté dans le monde. Esther Duflo est l’exemple rare d’une chercheuse française dont les travaux ont changé une discipline entière.

Esther Duflo à l’ENS Paris : de l’histoire à l’économie, un pivot décisif

Esther Caroline Duflo naît le 25 octobre 1972 à Paris. Son père Michel Duflo est mathématicien, professeur à Paris-Sud. Sa mère est pédiatre et participe régulièrement à des missions humanitaires. La famille vit à Asnières-sur-Seine. Dans sa jeunesse, Esther est responsable d’un groupe de scouts, travaille comme bénévole dans des ONG. Ce goût précoce pour l’engagement sur le terrain traversera toute sa carrière académique.

Après un baccalauréat brillant, elle suit une classe préparatoire B/L – lettres et sciences sociales – au lycée Henri-IV à Paris, l’une des prépas les plus sélectives de France pour cette filière. Elle intègre l’ENS Paris en 1992 – promotion Lettres – et se spécialise en histoire et économie. En 1993, elle part dix mois à Moscou pour préparer un mémoire sur le premier plan quinquennal de l’URSS. Elle en revient avec une maîtrise d’histoire. Et avec une conviction : l’histoire seule ne suffit pas pour comprendre la pauvreté.

C’est sur les conseils de Thomas Piketty et de Daniel Cohen – qu’elle croise à l’ENS – qu’elle se tourne vers l’économie appliquée. En 1996, elle obtient l’agrégation de sciences économiques et sociales, puis rejoint le DEA APE de l’EHESS. L’ENS lui a donné la rigueur des lettres et de l’histoire – la capacité à lire des archives, à penser en termes de causalité historique, à ne pas accepter une corrélation comme une preuve. C’est exactement ce regard qu’elle va transplanter dans l’économie.

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Le MIT et la méthode des essais randomisés : mettre l’économie en laboratoire de terrain

En 1999, Esther Duflo soutient sa thèse au MIT sous la direction d’Abhijit Banerjee – économiste indien qui deviendra son collaborateur permanent, puis son mari en 2015. La thèse s’intitule Three Essays in Empirical Development Economics et porte sur l’évaluation économique des projets de développement. Elle rejoint le MIT comme professeure assistante la même année.

Ce qu’elle construit au MIT avec Banerjee et Michael Kremer, c’est une méthode : les essais contrôlés randomisés (ECR), empruntés à la médecine clinique, appliqués aux politiques de développement. L’idée est simple à formuler, difficile à exécuter : pour savoir si une politique anti-pauvreté fonctionne, il faut comparer des groupes qui la reçoivent et des groupes qui ne la reçoivent pas, en les choisissant aléatoirement. Comme un essai clinique, mais à l’échelle d’un village, d’une région, d’un pays.

Avant eux, l’économie du développement fonctionnait surtout par grandes théories et corrélations macroéconomiques. Duflo et ses collaborateurs descendent au niveau de l’individu, du village, de la classe scolaire. Ils testent des interventions concrètes : la gratuité des moustiquaires augmente-t-elle leur usage ? Une petite prime en lentilles incite-t-elle les parents à vacciner leurs enfants ? La microfinance crée-t-elle vraiment des entreprises ? Les réponses sont souvent contre-intuitives. C’est précisément pour ça qu’elles changent les politiques publiques.

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J-PAL : un réseau mondial de chercheurs contre la pauvreté

En 2003, Duflo et Banerjee fondent le Poverty Action Lab au MIT – rebaptisé J-PAL (Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab). Ce n’est pas un think tank de plus : c’est un réseau mondial de chercheurs qui mènent des ECR en collaboration avec des gouvernements et des ONG, partout où la pauvreté est la plus intense.

En 2025, J-PAL rassemble plus de 1 000 chercheurs affiliés dans 67 pays. Ses études ont influencé des politiques publiques en Inde, au Kenya, en Indonésie, au Mexique – et la liste continue. Quand un gouvernement veut savoir si un programme de transfert conditionnel d’argent réduit vraiment la pauvreté, il fait appel à J-PAL. L’organisation a évalué des interventions touchant plus de 400 millions de personnes

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Prix Nobel 2019 : la consécration d’une méthode, pas d’une carrière

Le 14 octobre 2019, l’Académie royale des sciences de Suède décerne le Prix Nobel d’économie à Esther Duflo, Abhijit Banerjee et Michael Kremer, pour leurs travaux sur la lutte contre la pauvreté. Duflo a 47 ans. Elle est la deuxième femme à recevoir ce prix en cinquante ans d’existence, après Elinor Ostrom en 2009. Elle est aussi la plus jeune lauréate de l’histoire de la discipline.

L’Académie précise que leur approche expérimentale a « transformé l’économie du développement en un champ florissant de la recherche ». Ce n’est pas un Nobel pour une carrière entière – c’est un Nobel pour une méthode qui a changé la façon dont une discipline fonctionne. C’est rare.

Depuis, Duflo enseigne au MIT et tient la chaire statutaire « Pauvreté et politiques publiques » au Collège de France depuis 2022. Elle continue de publier, de superviser des doctorants, de diriger J-PAL. Et de rappeler, dans chaque intervention publique, que l’économie n’est pas une science des abstractions – c’est une science de ce qui se passe vraiment, sur le terrain, dans la vie des gens.

Pour les normaliens de l’ENS Paris, le parcours d’Esther Duflo illustre quelque chose que l’école n’enseigne pas directement : la capacité à importer une méthode d’une discipline dans une autre. Elle a pris la rigueur causale des sciences historiques apprise à l’ENS, l’a croisée avec la méthode des essais cliniques médicaux, et en a fait le fondement d’une nouvelle façon de faire de l’économie. Ce n’est pas une spécialisation. C’est une synthèse.

Questions fréquentes sur Esther Duflo

Quelle école a fait Esther Duflo ?

Esther Duflo est diplômée de l’ENS Paris (promotion Lettres 1992), où elle s’est spécialisée en histoire et économie. Elle a ensuite obtenu son doctorat en économie au MIT en 1999, sous la direction d’Abhijit Banerjee.

Pourquoi Esther Duflo a-t-elle reçu le Prix Nobel d’économie ?

Esther Duflo, Abhijit Banerjee et Michael Kremer ont reçu le Prix Nobel d’économie 2019 pour avoir introduit les essais contrôlés randomisés dans l’économie du développement – une méthode empruntée à la médecine clinique pour évaluer rigoureusement l’efficacité des politiques de lutte contre la pauvreté. L’Académie royale suédoise a salué cette approche pour avoir « transformé l’économie du développement en un champ florissant ».

Qu’est-ce que J-PAL, le laboratoire cofondé par Esther Duflo ?

Le J-PAL (Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab) est un réseau mondial de chercheurs fondé en 2003 par Esther Duflo et Abhijit Banerjee au MIT. Il mène des essais contrôlés randomisés en collaboration avec des gouvernements et des ONG dans plus de 67 pays. Ses travaux ont influencé des politiques publiques touchant plus de 400 millions de personnes.

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