Il est mort le 28 mai 2018 à son bureau, rond-point des Champs-Élysées-Marcel-Dassault – rue baptisée du nom de son père. Il avait 93 ans. Serge Dassault a dirigé un groupe qu'il n'avait pas fondé, dans une industrie qu'il n'avait pas choisie, avec une rigueur qui a fait de Dassault Aviation un des rares industriels de défense français capables de gagner des marchés à l'export par la seule qualité de leurs avions. Dont le Rafale, qu'il a sauvé du abandon plusieurs fois.
Serge Dassault à Polytechnique et HEC Paris : une double formation pour un double héritage
Serge Bloch – il prendra le nom de Dassault en 1950 – naît le 4 avril 1925 à Paris. Son père Marcel, ingénieur et constructeur d'avions, est arrêté par la Gestapo en 1944 et déporté à Buchenwald. Serge, alors âgé de 19 ans, est lui aussi arrêté avec sa famille et interné brièvement à la prison de la Santé, puis à Drancy. Il sera libéré après quelques jours. Son père reviendra du camp en 1945, amaigri mais vivant.
Après la guerre, Serge prépare le concours de Polytechnique au lycée Janson-de-Sailly. Il est admis à Centrale dès la première année mais rate l'X. Il redouble, intègre le lycée Saint-Louis – réputé pour préparer plus efficacement au concours – et est reçu à Polytechnique en 1947, sorti 72e. Il choisit le corps des ingénieurs de l'armement et suit l'École nationale supérieure de l'aéronautique (Sup'Aéro), dont il sort diplômé en 1951.
Douze ans plus tard, en 1963, alors qu'il est déjà directeur de l'exportation du groupe familial, il obtient l'Executive MBA d'HEC Paris – ce qu'on appelle alors le Centre de perfectionnement dans l'administration des affaires. Ce n'est pas le cursus Grande École standard. C'est une formation continue pour dirigeants en exercice, qui lui apporte les outils de gestion et de stratégie que Polytechnique ne lui avait pas donnés. Il avait compris que piloter une entreprise industrielle, ce n'est pas que de l'ingénierie.
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Dassault : quarante ans dans l'ombre du père, puis trente ans à la tête du groupe
En 1951, Serge Dassault entre au bureau d'études de la Société des Avions Marcel Dassault comme ingénieur. Il devient directeur des essais en vol en 1955 – un poste qui exige à la fois une maîtrise technique des appareils et une capacité à prendre des risques calculés. Il supervise les essais du Mirage III, qui deviendra un des avions de combat les plus exportés du monde.
En 1961, il prend la direction de l'exportation du groupe. C'est lui qui négocie les contrats à l'étranger, construit les relations avec les gouvernements acheteurs, apprend à vendre des avions de guerre dans des contextes politiques souvent tendus. En 1967, il prend la présidence de la Société Électronique Marcel Dassault, branche électronique du groupe. Son père dirige toujours l'ensemble.
Quand Marcel Dassault meurt le 17 avril 1986 à 94 ans, Serge lui succède comme PDG de Dassault Aviation. Il a 60 ans. Derrière lui, trente-cinq ans dans l'entreprise. Il connaît chaque programme, chaque marché, chaque client. Ce n'est pas une prise de pouvoir – c'est une passation naturelle, attendue, préparée de longue date.
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Le Rafale sauvé : Dassault contre les gouvernements successifs
Le Rafale a failli ne jamais voir le jour. Le démonstrateur effectue son premier vol en 1986, l'année même où Serge prend la direction du groupe. Pendant vingt ans, le programme est régulièrement remis en cause par des gouvernements qui cherchent des économies ou envisagent des alternatives américaines. L'armée de l'air hésite. La Marine aussi.
Serge Dassault mène un lobbying permanent pour défendre le programme. Il convainc la Marine nationale de renoncer au F-18 américain au profit du Rafale M pour équiper le porte-avions Charles-de-Gaulle. En 1995, quand le président Chirac envisage une fusion Dassault-Aérospatiale-British Aerospace, Serge s'y oppose fermement avec son personnel. La fusion n'a pas lieu. Le Rafale survit, et finit par décrocher ses premiers contrats export – Égypte, Inde, Qatar – après sa mort.
Sous sa direction, la valorisation du groupe est multipliée par dix entre 1986 et 2018. Le chiffre d'affaires de Dassault Aviation, les commandes de jets d'affaires Falcon – qui représentent une part croissante des revenus – et la diversification du groupe vers l'informatique avec Dassault Systèmes constituent un héritage industriel rare dans la France contemporaine.
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Le Figaro, la politique et les controverses : un industriel engagé
Serge Dassault rachète Le Figaro en 2004 via sa holding Socpresse. Le groupe de presse comprend alors Le Figaro, Le Figaro Magazine, Valeurs Actuelles et plusieurs autres titres. Ce rachat traduit une conviction ancienne : l'industrie française a besoin d'une presse qui la défend. Le Figaro devient sous sa propriété un quotidien ouvertement favorable au monde des affaires et à la droite politique.
Parallèlement, Serge Dassault mène une longue carrière politique locale. Maire de Corbeil-Essonnes de 1995 à 2009, sénateur de l'Essonne de 2004 à 2017, il est une figure de la droite classique. Cette carrière est aussi marquée par des condamnations judiciaires pour corruption et achat de votes – des pages sombres que son bilan industriel ne peut effacer, et qui appartiennent à une biographie honnête.
Serge Dassault a laissé une industrie solide, un groupe qui a tenu sa place dans un secteur dominé par les Américains et les Britanniques, et un nom qui désigne à la fois le Rafale, les jets privés les plus vendus d'Europe et un logiciel de CAO utilisé dans cent cinquante pays. Il est mort à son poste, comme son père. L'entreprise a continué.
Questions fréquentes sur Serge Dassault
Quelle école a fait Serge Dassault ?
Serge Dassault est diplômé de l'École Polytechnique (promotion 1947) et de l'École nationale supérieure de l'aéronautique (Sup'Aéro, 1951). Il a obtenu en 1963 l'Executive MBA d'HEC Paris – formation continue pour dirigeants – alors qu'il était déjà directeur de l'exportation du groupe Dassault.
Combien de temps Serge Dassault a-t-il dirigé le groupe ?
Serge Dassault a pris la présidence de Dassault Aviation en 1986, à la mort de son père Marcel Dassault. Il a dirigé le groupe pendant quatorze ans jusqu'en 2000, date à laquelle il cède la présidence à son fils Olivier, tout en restant président d'honneur. Il était entré dans l'entreprise en 1951, soit trente-cinq ans avant d'en prendre la tête
Quel est l'héritage industriel de Serge Dassault ?
Sous la direction de Serge Dassault, la valorisation du groupe a été multipliée par dix entre 1986 et 2018. Son héritage comprend le maintien du programme Rafale face aux pressions budgétaires, le développement de la gamme de jets d'affaires Falcon, la montée en puissance de Dassault Systèmes (logiciel CATIA) et le rachat du Figaro en 2004.





