Jacques Delors l'appelait son "moine-soldat". Ses adversaires l'avaient surnommé "exocet" – comme le missile. Pascal Lamy a passé dix ans à côté de Delors pour construire le marché unique européen, puis huit ans à Genève pour tenter de faire avancer le commerce mondial. Fils de pharmaciens de Levallois, diplômé de HEC, Sciences Po et l'ENA, il a fait de l'entêtement une méthode de travail.
Pascal Lamy à HEC Paris : une formation triple avant la haute fonction publique
Pascal Lamy naît le 8 avril 1947 à Levallois-Perret. Son père est pharmacien, sa mère aussi. Rien dans ce milieu ne prédestine à la direction d'une institution internationale. Ce qui s'impose très tôt, c'est une capacité de travail hors norme et une curiosité pour les mécanismes économiques – deux qualités qui guideront toutes ses décisions de formation.
Il fait ses études secondaires au lycée Carnot à Paris, puis intègre HEC Paris dont il sort diplômé en 1969 – promotion H.69. Il enchaîne avec Sciences Po Paris (section Service Public, diplômé 1971), puis prépare le concours de l'ENA depuis Sciences Po – la voie royale vers la haute fonction publique française.
À l'ENA, promotion Léon Blum (1973-1975), il sort deuxième de sa promotion, derrière Alain Minc. Ce classement lui ouvre le corps de l'Inspection générale des finances – le plus sélectif, celui que choisissent les premiers de promotion. Ce triple cursus HEC-Sciences Po-ENA est la configuration la plus complète qui soit pour accéder aux plus hautes fonctions économiques de l'État français. Peu de gens le réalisent en totalité.
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Pascal Lamy et HEC : la formation commerciale au service de la diplomatie économique
Ce que HEC apporte à Lamy, c'est une compréhension des mécanismes de marché et des échanges commerciaux que ni Sciences Po ni l'ENA ne pouvaient lui donner seuls. Quand il négociera des accords commerciaux internationaux pour le compte de la Commission européenne, puis à l'OMC, cette formation économique de base fera la différence face à des interlocuteurs qui raisonnent d'abord en termes de flux commerciaux, de tarifs douaniers et de dumping.
Il adhère au Parti socialiste en 1969, l'année même de son diplôme HEC – une combinaison qui détonne dans un milieu plutôt orienté vers le secteur privé. Lamy ne voit pas de contradiction : pour lui, la rigueur économique est compatible avec l'engagement social. Cette conviction traversera toute sa carrière.
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Dix ans avec Delors : l'architecte de l'Europe dans l'ombre
En 1981, après la victoire de la Gauche, Lamy devient conseiller de Jacques Delors au ministère de l'Économie et des Finances. Quand Delors part à Bruxelles en 1985 pour présider la Commission européenne, il emmène Lamy comme directeur de cabinet et sherpa au G7. Il le restera pendant près de dix ans.
Ces dix années sont au cœur de ce que l'Europe a construit de plus structurant : l'Acte unique de 1986 qui achève le marché commun, le traité de Maastricht en 1992 qui pose les bases de l'Union économique et monétaire. Lamy est dans la salle quand ces textes se négocient. Il en rédige des parties, en défend d'autres, en bloque certaines. Sa réputation de travailleur acharné et de négociateur impitoyable lui vaut plusieurs surnoms peu aimables – "rottweiler", "chef de commando", "exocet". Delors, lui, préfère "moine-soldat".
En 1994, il quitte Bruxelles et rejoint l'équipe chargée du redressement du Crédit Lyonnais, banque publique en faillite technique après des années de prêts imprudents. Il en devient directeur général jusqu'à sa privatisation en 1999. Passer de la Commission européenne à la direction d'une banque à reconstruire – le grand écart ne semble pas lui poser de problème.
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L'OMC : deux mandats et un seul candidat à sa propre reconduction
En 1999, retour à Bruxelles comme commissaire européen au Commerce sous Romano Prodi. Cinq ans à négocier les accords commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde – un apprentissage direct des équilibres du commerce international qui prépare la suite.
Le 26 mai 2005, il est élu directeur général de l'Organisation mondiale du commerce à Genève. Il succède à Supachai Panitchpakdi, thaïlandais. C'est la première fois qu'un Français dirige l'institution depuis sa création en 1995. Son mandat commence au moment où le cycle de Doha – les négociations commerciales mondiales lancées en 2001 – est dans l'impasse.
Il ne réussira pas à débloquer Doha. Personne n'y a réussi depuis. Mais il maintient l'institution en état de marche dans un contexte de montée des protectionnismes, gère les tensions entre pays développés et pays émergents, et tient la barre pendant la crise financière mondiale de 2008-2009. En 2009, il est le premier directeur général de l'OMC à être reconduit pour un second mandat – et par acclamation, unanimité totale de ses 153 membres. Ce n'est pas anodin dans une institution habituée aux guerres de succession.
Depuis 2013, Lamy enseigne à HEC Paris et à la China Europe International Business School de Shanghai, co-préside le Forum de Paris sur la Paix et publie régulièrement sur la mondialisation et la gouvernance mondiale. À 77 ans, il reste une des voix les plus écoutées sur le commerce international – un sujet dont la complexité ne décourage pas les rares qui la maîtrisent vraiment.
Questions fréquentes sur Pascal Lamy
Quelle école a fait Pascal Lamy ?
Pascal Lamy est diplômé de HEC Paris (promotion 1969), de Sciences Po Paris (1971) et de l'ENA (promotion Léon Blum, 1973-1975). Il en est sorti deuxième de sa promotion et a rejoint l'Inspection générale des finances.
Combien de temps Pascal Lamy a-t-il dirigé l'OMC ?
Pascal Lamy a dirigé l'Organisation mondiale du commerce pendant deux mandats consécutifs, de septembre 2005 à août 2013. Il a été le premier directeur général de l'institution à être reconduit par acclamation, à l'unanimité de ses 153 membres.
Quel était le surnom de Pascal Lamy chez Jacques Delors ?
Jacques Delors appelait Pascal Lamy son "moine-soldat" – formule qui résume son style : une discipline ascétique dans le travail, une efficacité redoutable dans l'exécution. Ses adversaires le surnommaient "exocet", en référence au missile, pour sa capacité à atteindre ses objectifs sans dévier.





