Son père vendait des fruits et légumes sur le marché d'Antibes. Il avait fait HEC. En 1971, il avait répondu à une petite annonce de la Compagnie générale des eaux pour un poste de stagiaire. Il y était resté 39 ans, gravissant tous les échelons jusqu'à en être PDG. En 2004, Jacques Chirac lui avait proposé la tête d'EDF – il avait refusé. En 2009, Nicolas Sarkozy lui avait reproposé le poste – il avait accepté, à condition de garder une fonction chez Veolia. La polémique sur le double salaire avait duré des semaines. Henri Proglio a toujours su poser ses conditions.
Proglio à HEC Paris : Antibes, les origines piémontaises et le goût de la fidélité
Henri Proglio naît le 29 juin 1949 à Antibes. Sa famille est d'origine italienne, piémontaise, arrivée en France au début du XXe siècle. Son père Richard Proglio tient un commerce de fruits et légumes sur le marché d'Antibes. Il a un frère jumeau, René — avec qui il parle chaque jour par téléphone, quelle que soit sa position. René Proglio fera une carrière dans la banque, devenant président de Morgan Stanley France.
Henri fait ses études au lycée de Nice puis intègre HEC Paris, dont il sort diplômé en 1971. À HEC, il anime l'antenne du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne) – groupe intellectuel de la nouvelle droite française fondé par Alain de Benoist. Il est également proche du Club de l'horloge. Ce positionnement à droite de la droite ne l'empêchera pas de traverser toutes les alternances politiques à la tête de grandes entreprises publiques.
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Proglio à la CGE : une petite annonce, 39 ans et tous les échelons
En 1971, Henri Proglio répond à une petite annonce de la Compagnie générale des eaux (CGE) – le conglomérat de services urbains qui deviendra Veolia. Il est recruté comme stagiaire. Ce début modeste dans une grande entreprise préfigure une méthode : il croit à la fidélité, au temps long, à la montée progressive dans la hiérarchie plutôt qu'aux raccourcis par les réseaux.
Sa progression est lente et régulière. En 1990, dix-neuf ans après son arrivée comme stagiaire, il est nommé PDG de la CGEA – la Compagnie générale d'entreprises automobiles, filiale spécialisée dans la gestion des déchets et des transports. En 1997, vice-président exécutif du groupe. En 2000, il prend la tête de Vivendi Environnement – le pôle environnement de la Générale des eaux devenue Vivendi sous Jean-Marie Messier. En 2002, après le départ de Messier, Vivendi Environnement devient Veolia Environnement et Proglio en devient PDG. En 2003, président-directeur général.
Il aura mis 32 ans pour passer du poste de stagiaire à celui de PDG du groupe. La même entreprise, le même groupe, une loyauté sans faille à une institution.
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Proglio et EDF : le refus de 2004 et l'acceptation de 2009
En 2004, le président Jacques Chirac lui propose la présidence d'EDF. Henri Proglio refuse – il est alors en pleine restructuration de Veolia et ne veut pas quitter le groupe qu'il dirige. C'est Pierre Gadonneix qui prend le poste.
En juillet 2009, Gadonneix compromet ses chances d'être reconduit en prônant une forte hausse des tarifs de l'électricité. Son mandat s'achève le 22 novembre. Nicolas Sarkozy propose alors à nouveau le poste à Henri Proglio. Cette fois, Proglio accepte – mais pose une condition : conserver une fonction non exécutive chez Veolia. L'Élysée accepte. Il est nommé PDG d'EDF le 25 novembre 2009.
La polémique éclate immédiatement. Son salaire d'EDF s'élève à 1,6 million d'euros par an. Sa rémunération chez Veolia à 450 000 euros supplémentaires. Sous pression médiatique et politique, il renonce finalement à son revenu chez Veolia – tout en conservant le poste. Il touchera par ailleurs une retraite chapeau de Veolia de 720 000 euros par an.
Proglio PDG d'EDF, Rosatom et le départ de 2014
À la tête d'EDF de 2009 à 2014, Proglio porte une conviction forte : la filière nucléaire française doit être relancée et exportée. Il signe plusieurs accords de coopération avec des entreprises russes, dont Rosatom – le géant nucléaire d'État russe alors principal client des turbines Arabelle fabriquées par Alstom pour EDF. Il est nommé au conseil d'administration des projets internationaux de Rosatom, et siège aux conseils de deux entreprises dont Rosatom est principal actionnaire — Akkuyu Nuclear (Turquie) et Fennovoima (Finlande). Ces liens, noués avant l'invasion de l'Ukraine, feront l'objet d'une attention particulière des années plus tard.
En novembre 2014, son mandat à la tête d'EDF n'est pas reconduit. François Hollande lui préfère Jean-Bernard Lévy. Il est également président du conseil d'établissement d'HEC Paris depuis 2005 — une façon de rester lié à l'école qui l'a formé, depuis le sommet de l'institution. Pour les alumni de HEC Paris, Henri Proglio incarne une trajectoire rarissime dans le monde des grandes écoles : celle du stagiaire devenu PDG dans la même maison, sans passer par les cabinets de conseil, les banques d'affaires ou les postes ministériels. Une ascension par l'interne, la fidélité et la durée.
Questions fréquentes sur Henri Proglio
Quelle école a fait Henri Proglio ?
Henri Proglio est diplômé de HEC Paris (promotion 1971). Il est entré à la Compagnie générale des eaux comme stagiaire la même année en répondant à une petite annonce, et y a fait toute sa carrière jusqu'à en devenir PDG en 2003. Il préside le conseil d'établissement d'HEC Paris depuis 2005.
Combien de temps Henri Proglio a-t-il dirigé Veolia et EDF ?
Henri Proglio a dirigé Veolia Environnement de 2003 à 2009 (6 ans comme PDG, après y être entré en 2000 comme président du directoire). Il a ensuite dirigé EDF de 2009 à 2014 (5 ans). Au total, il avait passé 39 ans dans le groupe CGE-Veolia, depuis son arrivée comme stagiaire en 1971.
Pourquoi la nomination d'Henri Proglio à EDF en 2009 a-t-elle été controversée ?
La nomination d'Henri Proglio à EDF en 2009 avait suscité une controverse car il avait posé comme condition de conserver une fonction non exécutive rémunérée chez Veolia. Cumulant un salaire de 1,6 million d'euros chez EDF et 450 000 euros chez Veolia, il avait finalement renoncé à la rémunération Veolia sous pression politique, tout en conservant son poste. Il touche par ailleurs une retraite chapeau de Veolia de 720 000 euros par an.





