08/02/2026

Raymond Aron, ENS Paris : premier à l’agrégation quand Sartre était recalé, trente ans au Figaro et mort au palais de justice

Raymond Aron, ENS Ulm promotion 1924 avec Sartre, avait vu le nazisme monter à Berlin avant d'écrire L'Opium des intellectuels. Éditorialiste 30 ans au Figaro, mort au palais de justice en 1983.

En 1924, il avait intégré l'ENS de la rue d'Ulm. Promotion avec Sartre, Nizan, Canguilhem. En 1928, il était reçu premier à l'agrégation de philosophie — Sartre était recalé à l'écrit la même année. Il avait observé la montée du nazisme à Berlin en 1931-1933 quand les intellectuels français regardaient ailleurs. Il avait écrit L'Opium des intellectuels contre l'aveuglement pro-soviétique. Il avait passé trente ans au Figaro. Il était mort le 17 octobre 1983 au palais de justice de Paris, quelques minutes après avoir témoigné pour un ami.

Aron à l'ENS Paris : promotion 1924 avec Sartre, premier à l'agrégation

Raymond Aron avait vu le jour le 14 mars 1905 à Paris, dans une famille bourgeoise juive d'Alsace-Lorraine où patriotisme et culture allaient de pair. Son père Gustave, arrivé second au concours d'agrégation de droit alors qu'un seul poste était attribué, avait renoncé à l'université — un demi-échec qui pesait sur les ambitions qu'il nourrissait pour ses fils.

Après le lycée Hoche à Versailles et deux ans de khâgne au lycée Condorcet, Raymond Aron avait été reçu en 1924 à l'ENS de la rue d'Ulm dans la même promotion que Jean-Paul Sartre, Paul Nizan, Georges Canguilhem, Daniel Lagache et le futur prix Nobel de physique Louis Néel. Dans ses Mémoires, Aron avait gardé le souvenir de son émerveillement à son arrivée rue d'Ulm.

En 1928, il était reçu premier à l'agrégation de philosophie. La même année, Sartre était recalé à l'écrit — il serait à son tour premier l'année suivante, avec un total de points supérieur à celui d'Aron. Cette symétrie avait structuré une rivalité intellectuelle et politique qui durerait jusqu'à la mort d'Aron en 1983.

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Aron à Berlin : la montée du nazisme et la rupture avec l'illusion pacifiste

En 1930, Aron partait étudier un an à l'université de Cologne. De 1931 à 1933, il était pensionnaire à l'Institut français de Berlin. Il avait assisté à des meetings hitlériens, observé l'effondrement de la démocratie de Weimar, senti la violence s'installer dans les rues. Là où beaucoup d'intellectuels français restaient dans l'illusion pacifiste ou la sympathie pro-soviétique, Aron avait compris très tôt ce que les régimes totalitaires promettraient réellement.

À Berlin, il avait également découvert la sociologie allemande — Max Weber, Dilthey, Rickert. Cette rencontre avait orienté sa pensée vers une philosophie libérale de l'histoire, radicalement différente de l'hégélianisme marxisant que propageraient après-guerre ses anciens condisciples.

En 1933, il revenait en France et prenait un poste de professeur au lycée du Havre — succédant à Sartre, qui partait lui-même à Berlin prendre sa place. À ceux qui lui demandaient ce que Sartre lui avait laissé comme réputation auprès des élèves, un ancien élève avait répondu qu'Aron jouait au tennis avec les notables et suivait le programme "avec clarté", tandis que Sartre allait boire des bières avec les plus enthousiastes la nuit dans les ruelles du port. La formule : "J'entrais en classe de philosophie le 1er octobre 1933. Nous nous attendions à voir apparaître Sartre." En 1938, Aron obtenait son doctorat ès lettres. En 1940, il gagnait Londres pour rejoindre de Gaulle et devenait rédacteur en chef de La France libre.

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Aron au Figaro et L'Opium des intellectuels : trente ans à contre-courant

Après la guerre, Raymond Aron avait mené de front une carrière universitaire et journalistique. Professeur à la Sorbonne en 1955, directeur d'études à l'EHESS en 1960, professeur au Collège de France en 1970. Simultanément, pendant trente ans — de 1947 à 1977 — il avait été éditorialiste au Figaro. Il y publiait ses analyses à contre-courant du courant intellectuel dominant, massivement pro-soviétique.

En 1955, L'Opium des intellectuels avait été une bombe dans le milieu des lettres françaises. Reprenant la formule de Marx sur la religion "opium du peuple", Aron accusait le communisme d'être l'opium des intellectuels — une idéologie permettant d'espérer une révolution salvatrice tout en fermant les yeux sur les crimes soviétiques. Il s'en était pris à ce qu'il appelait les trois mythes de la gauche intellectuelle française : le mythe de la Révolution, le mythe du Prolétariat et le mythe de la Gauche. Le livre avait déclenché une polémique durable et établi Aron comme la grande conscience libérale de l'après-guerre française. Sa formule — se définir lui-même comme "spectateur engagé" — résumait toute sa posture : ne pas se soustraire au monde, mais le regarder sans se laisser aveugler par la passion idéologique.

La mort d'Aron : au palais de justice, après avoir témoigné pour un ami

Raymond Aron était mort le 17 octobre 1983 à 78 ans, au palais de justice de Paris. Il venait de témoigner en défense de son ami Bertrand de Jouvenel, mis en cause dans une affaire. Quelques minutes après être sorti de la salle d'audience, il avait été victime d'une crise cardiaque. La façon dont il était mort — au service d'une amitié, après une vie à témoigner pour ce qu'il estimait juste — est restée comme l'image d'une cohérence rare entre l'homme et l'œuvre.

En 1978, il avait fondé la revue intellectuelle Commentaire pour défendre et éclairer les principes d'une société libérale. Pour les alumni de l'ENS Paris, Raymond Aron représente le modèle le plus exigeant de l'intellectuel : celui qui refuse d'abdiquer le doute au profit de la certitude idéologique, qui choisit d'"avoir raison seul" plutôt que d'avoir tort avec les dominants. La formule que l'un de ses anciens élèves du Havre avait utilisée à propos du choix entre Sartre et Aron reste vraie de l'ensemble de leur duel : certains préfèrent avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Aron.

Questions fréquentes sur Raymond Aron

Quelle école a fait Raymond Aron ?

Raymond Aron avait intégré l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1924, dans la même promotion que Jean-Paul Sartre, Paul Nizan, Georges Canguilhem et Daniel Lagache. Il avait été reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1928. Il avait obtenu son doctorat ès lettres en 1938.

Qu'est-ce que L'Opium des intellectuels de Raymond Aron ?

L'Opium des intellectuels (1955) est l'ouvrage le plus célèbre de Raymond Aron. Reprenant la formule marxiste de la religion "opium du peuple", Aron y critique l'aveuglement et la bienveillance des intellectuels français à l'égard des régimes communistes. Il déconstruit trois mythes structurants de la gauche intellectuelle : le mythe de la Révolution, le mythe du Prolétariat et le mythe de la Gauche.

Quelle est la relation entre Raymond Aron et Sartre ?

Raymond Aron et Jean-Paul Sartre avaient été condisciples à l'ENS de la rue d'Ulm (promotion 1924). En 1928, Aron avait été reçu premier à l'agrégation de philosophie — Sartre avait été recalé à l'écrit, avant d'être à son tour premier l'année suivante. Leurs trajectoires avaient ensuite divergé radicalement : Sartre vers l'engagement communiste, Aron vers le libéralisme anticommuniste. Leur rivalité intellectuelle et politique avait structuré le débat des idées françaises pendant cinquante ans.

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