16/03/2026

Jean-Luc Lagardère, Supélec : l’ingénieur du Gers qui avait bâti un empire de missiles, de Formule 1 et de magazines

Jean-Luc Lagardère, ingénieur Supélec 1951, avait bâti un empire de Matra à Hachette en partant de rien. Il avait gagné la F1 en 1969 et co-fondé EADS. Il était mort d'une opération de la hanche en 2003.

Il avait quitté Aubiet dans le Gers à douze ans pour Paris, parce que son père avait été muté à l'ONERA. Il avait fait Supélec, pas Polytechnique – et avait découvert très vite que ça fermait des portes chez Dassault. Il avait donc cherché une entreprise où il pourrait jouer un rôle déterminant. Il l'avait trouvée : Matra, 68 millions de francs de chiffre d'affaires en 1963, quand il en prenait les rênes. En 1969, Matra remportait la Formule 1. En 2003, le groupe qu'il avait bâti pesait 13 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Il avait aussi 220 chevaux de course.

Lagardère à Supélec : le Gers, Paris et les portes fermées de Dassault

Jean-Luc Lagardère avait vu le jour le 10 février 1928 à Aubiet, dans le Gers. Fils unique d'André Lagardère, fonctionnaire nommé à la direction financière de l'ONERA (Office national d'études et de recherches aérospatiales), il avait suivi son père à Paris à douze ans. Il avait fait ses classes préparatoires au lycée Saint-Louis, préparant les concours de l'École navale et de Supélec.

Il avait intégré l'École supérieure d'électricité le 8 novembre 1949 et en était ressorti diplômé en 1951, après un stage d'été en Suède. En 1952, il avait commencé sa carrière chez Dassault Aviation, responsable d'un département d'électronique. Il avait très vite compris quelque chose de fondamental dans cette entreprise : l'accès à la haute hiérarchie était réservé aux diplômés de Polytechnique. Supélec lui fermait les portes du sommet. Il avait donc cherché un endroit où sa formation et son énergie lui donneraient un vrai rôle.

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Lagardère à la tête de Matra : de 68 millions de francs à la Formule 1

En 1962, le président de Matra – la Société générale de mécanique-aviation-traction -, Marcel Chassagny, l'avait approché. Matra était alors une société d'électronique modeste, travaillant dans les domaines militaire et spatial. Le 2 janvier 1963, Jean-Luc Lagardère avait pris les rênes de la direction générale. Le chiffre d'affaires s'élevait à 68 millions de francs.

Il avait diversifié l'entreprise dans tous les sens : automatismes, télécommunications, informatique, recherche offshore, transports urbains – et surtout l'automobile. C'est là qu'il avait joué son coup le plus spectaculaire : en 1969, sous le nom de Matra-Simca, avec le pilote écossais Jackie Stewart, Matra avait remporté le titre de champion du monde de Formule 1. Puis un triplé aux 24 heures du Mans en 1972, 1973 et 1974 avec Henri Pescarolo. Ces victoires avaient propulsé le nom de Matra dans l'inconscient sportif français.

En mai 1977, il devenait PDG de Matra. En septembre 1981, après la victoire de Mitterrand, Matra était nationalisée à 51 %. Il avait négocié habilement pour en rester PDG. Avec l'arrivée de Chirac à Matignon en 1986, il avait poussé pour la privatisation. Il avait fondé Arjil & Associés, premier actionnaire de MMB, pour racheter Matra sur le marché.

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Lagardère et Hachette : l'empire des médias et le plus grave échec

En 1980, Jean-Luc Lagardère avait racheté le groupe d'édition Hachette, alors en difficulté. L'opération avait été l'une des plus fructueuses de sa carrière. Hachette – livres, presse, distribution – était une machine à générer du chiffre d'affaires que Matra n'avait jamais connue. Il était devenu l'un des hommes les plus influents du monde de l'édition française : Paris Match, Elle, Europe 1, Journal du Dimanche, des dizaines de magazines.

Son ambition suivante : la télévision. En 1987, lors de la privatisation de TF1, il avait candidaté. L'offre de Bouygues avait été préférée. Il avait qualifié cet échec de son "plus grave échec". Pour compenser, il avait pris pied dans La Cinq en 1990 – la chaîne avait fait faillite en 1992, coûtant à Hachette 6 à 7 milliards de francs. Plutôt que de laisser Hachette sombrer, il avait décidé la fusion Matra-Hachette – créant ce qui deviendrait Lagardère SCA, contrôlée via une structure de société en commandite par actions lui permettant de rester maître du groupe avec seulement 10 à 13 % du capital.

Lagardère et la naissance d'EADS — puis la mort d'une opération de la hanche

En 1999, Matra avait fusionné avec l'Aérospatiale. En 2000, Aerospatiale Matra s'alliait avec l'allemand DASA et l'espagnol CASA pour former EADS – le groupe européen de défense et d'aéronautique qui deviendrait Airbus Group. C'est en grande partie à Jean-Luc Lagardère que l'on devait la consolidation des industries de défense européennes – une ambition géopolitique autant qu'industrielle.

Il avait été opéré de la hanche le 27 février 2003 à la clinique du Sport à Paris. Quelques jours plus tard, il dînait encore avec sa femme, Emanuel Ungaro et Marie-Laure de Villepin. Le 8 mars, il était retrouvé dans le coma par sa femme. Il était mort le 14 mars 2003, à 75 ans. Son fils Arnaud lui succédait. Le groupe pesait alors 13 milliards d'euros de chiffre d'affaires et détenait une participation dans Airbus.

Passionné de courses hippiques, il avait repris le haras et l'écurie de la famille Dupré – 220 chevaux et juments de course, casaque grise et toque rose. Le Prix Jean-Luc Lagardère est couru chaque année à Longchamp. Pour les alumni de Supélec, il incarne la trajectoire de l'ingénieur qui n'a pas trouvé sa place là où on l'attendait – et qui a construit la sienne en partant d'une entreprise de 68 millions de francs.

Questions fréquentes sur Jean-Luc Lagardère

Quelle école a fait Jean-Luc Lagardère ?

Jean-Luc Lagardère avait intégré l'École supérieure d'électricité (Supélec) le 8 novembre 1949, après des classes préparatoires au lycée Saint-Louis à Paris. Il en était ressorti diplômé en 1951 et avait commencé sa carrière chez Dassault Aviation en 1952.

Comment Jean-Luc Lagardère a-t-il construit le groupe Lagardère ?

Jean-Luc Lagardère avait pris la direction de Matra en 1963, alors que la société pesait 68 millions de francs. Il avait diversifié le groupe dans l'automobile, les missiles et l'espace, remportant la Formule 1 en 1969. Il avait ensuite racheté Hachette en 1980, créé Lagardère SCA en fusionnant Matra et Hachette après l'échec de La Cinq, et co-fondé EADS en 2000. À sa mort en 2003, le groupe réalisait 13 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Pourquoi Jean-Luc Lagardère a-t-il quitté Dassault Aviation ?

Jean-Luc Lagardère avait réalisé que chez Dassault, l'accès à la haute hiérarchie était réservé aux diplômés de Polytechnique. Son diplôme de Supélec lui fermait les portes du sommet. Il avait donc cherché une entreprise moins importante où il pourrait jouer un rôle déterminant. Il avait trouvé Matra en 1963 – et n'était plus jamais reparti.

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