21/03/2026

Gustave Eiffel, Centrale Paris : l’ingénieur qui a raté Polytechnique et construit la tour la plus photographiée du monde

Gustave Eiffel, centralien promotion 1855, a raté l'oral de Polytechnique avant de construire la Tour Eiffel, la Statue de la Liberté et de fonder l'aérodynamique moderne.

Il s'appelait Alexandre Gustave Bönickhausen. Il a raté l'oral du concours de Polytechnique. Il est entré à l'École Centrale des arts et manufactures en 1852, un établissement alors moins prestigieux que l'X. Trente-sept ans plus tard, il livrait la tour la plus haute du monde. Un bâtiment de CentraleSupélec porte aujourd'hui son nom. Le reste appartient à l'histoire de Paris.

Gustave Eiffel à l'École Centrale : bon vivant, indiscipliné, et sorti avec un diplôme d'ingénieur

Alexandre Gustave Bönickhausen – il s'appellera Eiffel plus tard, du nom d'une région allemande où sa famille a des origines – naît le 15 décembre 1832 à Dijon. Son père est un ancien hussard des armées napoléoniennes. Sa mère, Catherine Mélanie Moneuse, est la figure centrale de la famille : fille d'un commerçant en bois, elle a fondé une entreprise de négoce de charbon et de coke qui prospère suffisamment pour que les finances familiales soient confortables.

À 18 ans, il quitte Dijon pour Paris et prépare le concours d'entrée de Polytechnique au collège Sainte-Barbe. Il échoue à l'oral. C'est une porte qui se ferme – et une autre qui s'ouvre. Il entre à l'École Centrale des arts et manufactures en 1852, choisit la chimie comme spécialité avec l'idée de reprendre l'usine de son oncle Jean-Baptiste Mollerat. Un différend familial entre son père, bonapartiste, et le vieil oncle, ardent républicain, met fin à ce projet. Il pivote vers la métallurgie.

À Centrale, il est décrit comme "bon vivant, énergique et indiscipliné". L'école ne l'ennuie pas – contrairement à ce que racontent certaines biographies romancées. Il la quitte en 1855, l'année même de la première Exposition universelle en France. Il s'y rend autant que possible pendant ses derniers mois d'études, et écrit à sa mère que c'est "d'une très grande importance par l'intérêt de toutes les choses nouvelles qu'on y apprend". Ce jeune ingénieur regarde déjà le fer et le métal comme des matériaux d'avenir.

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Centrale Paris et la formation d'Eiffel : l'ingénierie comme méthode, pas comme titre

Ce que l'École Centrale lui apporte, c'est une rigueur dans la conception des structures – comprendre les contraintes, calculer les charges, penser en termes de résistance des matériaux avant de penser en termes d'esthétique. Cette formation sera le fondement de tout ce qu'il construira.

Il entre chez Charles Nepveu, ingénieur constructeur de machines à vapeur et de matériel ferroviaire, dès 1856. Nepveu connaît des difficultés financières. Eiffel choisit de rester sans salaire plutôt que de partir. Quand la société de Nepveu est absorbée par la Compagnie générale des chemins de fer, Eiffel se retrouve propulsé à 26 ans à la tête du chantier du pont ferroviaire de Bordeaux – plus de 500 mètres de longueur, un des plus grands ouvrages d'art de l'époque. Sur ce chantier, il sauvera un ouvrier de la noyade. La voie était trouvée.

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Les ponts, le métal, et la gloire avant la tour

En 1866, Gustave Eiffel fonde sa propre société de construction métallique à Levallois-Perret. Les décennies 1870 et 1880 sont celles de la gloire mondiale. Il construit des viaducs et des ponts à travers l'Europe – le viaduc Maria Pia à Porto (1877), le pont Garabit dans le Cantal (1884), alors le plus haut pont métallique du monde à 122 mètres de hauteur

En 1881, son collaborateur Maurice Koechlin conçoit l'ossature métallique de la Statue de la Liberté, dessinée par Auguste Bartholdi. C'est Eiffel qui supervise la réalisation de cette charpente intérieure – le squelette d'acier invisible qui permet à la statue de tenir debout face aux vents de New York. Inaugurée en 1886, la statue est la pièce maîtresse de sa réputation internationale avant même que la tour ne soit construite.

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La Tour : 26 mois, 18 000 pièces, 300 mètres et une pétition d'artistes

En 1887, Gustave Eiffel remporte l'appel d'offres pour la structure centrale de l'Exposition universelle de 1889. Le projet est immédiatement controversé. Une pétition signée par Guy de Maupassant, Charles Gounod et d'autres artistes et intellectuels dénonce la "bête de métal", "tache d'encre" sur le paysage parisien. Eiffel répond : "Je crois que la Tour aura sa propre beauté."

La tour est construite en 26 mois. 18 000 pièces métalliques, 2,5 millions de rivets, 300 ouvriers sur le chantier. À son inauguration le 31 mars 1889, elle est la construction la plus haute du monde avec ses 300 mètres. Elle devait être démontée vingt ans plus tard, une fois l'Exposition universelle terminée. Elle est toujours là. Elle a été classée monument historique en 1964.

Ce qui est moins connu, c'est qu'Eiffel a personnellement financé une grande partie de la construction – environ 80 % du coût total, soit 3,1 millions de francs sur 7,8 millions – en échange d'une concession d'exploitation de la tour pour vingt ans. C'était un pari industriel autant qu'une prouesse technique. Il rentabilisera largement l'investissement grâce aux recettes des visites pendant l'Exposition.

L'affaire Panama et la seconde vie scientifique d'Eiffel

En 1889, Gustave Eiffel s'engage dans la construction des écluses du canal de Panama, commandées par la Compagnie universelle du canal interocéanique. La compagnie fait faillite en 1889 dans un scandale financier qui éclabousse une grande partie de la classe politique française. En 1893, Eiffel est condamné à deux ans de prison et 20 000 francs d'amende pour escroquerie. Il est acquitté en appel en 1894. Mais sa réputation en tant qu'entrepreneur est durablement atteinte.

Il prend une décision radicale : ne plus jamais exercer comme entrepreneur de travaux publics. Il se consacre entièrement à la recherche scientifique. Depuis sa tour, il installe des stations météorologiques et fait des expériences aérodynamiques en lâchant des corps depuis le premier étage. En 1906, il construit une soufflerie aérodynamique au pied de la tour. En 1911, une soufflerie plus grande rue Boileau dans le 16e arrondissement – toujours en activité aujourd'hui. Ses travaux sur la résistance de l'air ont posé les bases théoriques de l'aviation naissante. Il avait 70 ans quand il a commencé cette deuxième carrière scientifique.

Gustave Eiffel est mort le 27 décembre 1923 à Paris, à 91 ans. Il avait travaillé jusqu'à presque la fin. Un bâtiment du campus de CentraleSupélec porte son nom. Sa tour reçoit 7 millions de visiteurs par an – la structure payante la plus visitée du monde. L'ingénieur centralien qui avait raté l'oral de Polytechnique a construit l'ouvrage le plus photographié de l'histoire.

Questions fréquentes sur Gustave Eiffel

Quelle école a fait Gustave Eiffel ?

Gustave Eiffel est diplômé de l'École Centrale des arts et manufactures de Paris (aujourd'hui CentraleSupélec), promotion 1855. Il avait tenté le concours d'entrée de Polytechnique mais avait échoué à l'oral. Un bâtiment du campus de CentraleSupélec porte son nom.

Gustave Eiffel a-t-il construit autre chose que la Tour Eiffel ?

Oui. Avant la Tour Eiffel, Gustave Eiffel a notamment construit le viaduc de Garabit dans le Cantal (1884), alors le plus haut pont métallique du monde, et l'ossature intérieure de la Statue de la Liberté à New York (1886). Il a également réalisé des dizaines de ponts et viaducs à travers l'Europe et l'Amérique du Sud.

Que faisait Gustave Eiffel après la Tour Eiffel ?

Après le scandale de Panama (1893-1894), Gustave Eiffel se consacra entièrement à la recherche scientifique, notamment en aérodynamique. Il construisit plusieurs souffleries aérodynamiques – dont une au pied de la tour Eiffel et une autre rue Boileau à Paris, toujours en activité. Ses travaux ont contribué aux bases théoriques de l'aviation moderne.

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