Il est entré en politique sans jamais avoir été élu. Il a créé son mouvement à 38 ans et remporté la présidentielle à 39. Emmanuel Macron est le cas le plus spectaculaire de ce que Sciences Po Paris a produit en un siècle d’histoire : un homme d’État formé hors des partis, arrivé au pouvoir par effraction dans le système.
Emmanuel Macron à Sciences Po Paris : la formation d’un esprit politique
Emmanuel Macron naît le 21 décembre 1977 à Amiens, dans une famille de médecins. Élève brillant au lycée La Providence d’Amiens, il se distingue très tôt en littérature – il prépare notamment un mémoire sur Machiavel sous la direction du philosophe Paul Ricœur, dont il devient l’assistant. Cette relation intellectuelle avec Ricœur, penseur du politique et du récit, marquera durablement sa façon d’articuler le discours et l’action.
Il intègre Sciences Po Paris et en sort diplômé en 2001. L’école lui donne deux choses essentielles : une culture des institutions françaises et européennes dans leur profondeur historique, et un réseau – celui des 90 000 alumni de Sciences Po, qui irrigue les sommets de l’État, de la diplomatie, de la finance et des médias.
Il enchaîne avec l’ENA, promotion Léopold Sédar Senghor (2004), dont il sort dans le corps de l’Inspection générale des finances – le corps le plus sélectif, qui ouvre les portes des cabinets ministériels et des grands groupes du CAC 40. Ce double cursus Sciences Po-ENA est la voie royale de la haute fonction publique française. Macron s’en sert pendant quelques années. Puis il sort des rails.
Lire plus : Sciences Po Paris : rentrée 2025 sous le signe de l’excellence et de l’innovation – Planète Grandes Écoles
Sciences Po et l’ENA : ce que Macron en a gardé, ce qu’il a délibérément abandonné
La formation Sciences Po est lisible dans la rhétorique de Macron. Sa capacité à synthétiser des positions antagonistes, à construire un discours qui capte à la fois l’électorat de droite et de gauche, tient à une formation intellectuelle qui valorise la nuance et la complexité sur la brutalité des postures.
L’ENA lui a appris la mécanique de l’État de l’intérieur – comment un décret passe, comment un cabinet fonctionne, comment une réforme se bloque ou s’accélère. Cette connaissance procédurale sera déterminante quand il sera nommé secrétaire général adjoint de l’Élysée en 2012, puis ministre de l’Économie en 2014.
Ce qu’il a abandonné, en revanche, c’est la culture du corps – cette loyauté aux institutions et aux hiérarchies qui caractérise les hauts fonctionnaires formés à l’ENA. En fondant En Marche ! en avril 2016, Macron rompt avec toutes les conventions du système qu’il avait pourtant parfaitement intégré. C’est peut-être ça, l’apport le plus étrange de Sciences Po : former des gens capables de comprendre le système assez bien pour le contourner.
Lire plus : François Hollande, alumni HEC Paris – Alumnow
De Rothschild à Bercy : Macron avant la politique
Sorti de l’ENA en 2004, Macron passe quatre ans à l’Inspection générale des finances, puis rejoint en 2008 la banque Rothschild & Co comme associé-gérant. Il y pilote notamment le rapprochement entre Nestlé et Pfizer Nutrition en 2012, une opération de 9 milliards de dollars qui lui vaut le surnom de « Mozart de la finance » dans la presse économique. La formule est excessive. Elle dit quand même quelque chose sur la vitesse à laquelle il s’est imposé dans un milieu où les carrières se construisent sur des décennies.
En 2012, il quitte Rothschild pour rejoindre l’Élysée de François Hollande comme secrétaire général adjoint. Il a 35 ans. Deux ans plus tard, Hollande le nomme ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique dans le gouvernement Valls. Macron au gouvernement, c’est un libéral dans un gouvernement socialiste – une tension qu’il ne cherche pas à dissimuler et qui préfigure sa rupture avec la gauche.
Lire plus : Christine Lagarde, Sciences Po Paris – Alumnow
En Marche !, la présidentielle 2017 et une victoire construite hors du système partisan
En avril 2016, Macron démissionne du gouvernement et fonde En Marche ! – un mouvement politique délibérément construit en dehors du clivage gauche-droite, avec un nom qui reprend ses initiales. Le geste est politique avant d’être programmatique. Il dit : je ne suis ni l’héritier d’un parti, ni le candidat d’une histoire.
Le 7 mai 2017, il remporte l’élection présidentielle face à Marine Le Pen avec 66,1 % des voix au second tour. Il a 39 ans. C’est le plus jeune président de l’histoire de la Ve République. Trois semaines plus tard, son parti – rebaptisé La République En Marche – remporte les législatives avec une majorité absolue à l’Assemblée nationale. L’opération est totale.
Son quinquennat 2017-2022 est marqué par la crise des Gilets jaunes (2018-2019), la gestion de la pandémie de Covid-19, et une réforme des retraites contestée. Il est réélu en avril 2022 face à Marine Le Pen, avec 58,5 % des voix – un écart plus serré qu’en 2017, dans un contexte de forte abstention. En juin 2022, la dissolution de l’Assemblée nationale après les législatives lui fait perdre la majorité absolue.
Lire plus : Jacques Chirac, Sciences Po Paris – Alumnow
Ce que le parcours de Macron dit de Sciences Po Paris
Sciences Po produit depuis plus d’un siècle une part importante des dirigeants politiques français – présidents, premiers ministres, ministres, ambassadeurs. Mais le cas Macron est singulier dans ce paysage : il est l’un des rares anciens de l’école à avoir construit un parti de toutes pièces et à l’avoir mené à la présidence en moins d’un an, sans héritage politique familial ni ancrage territorial préexistant.
Ce que Sciences Po lui a donné – une culture transpartisane, une capacité de synthèse, un sens du récit politique – lui a permis de formuler un projet qui touchait simultanément des électeurs de droite, de gauche et du centre. Que ce projet ait tenu ses promesses est une autre question, qui appartient au débat démocratique. Ce qui est certain, c’est que la formation reçue rue Saint-Guillaume a été un outil, et qu’il s’en est servi de façon inhabituelle.
Pour les étudiants de Sciences Po Paris aujourd’hui, le parcours de Macron est à la fois une promesse et un avertissement. Une promesse : que l’école forme des gens capables de transformer l’ordre politique, pas seulement de l’administrer. Un avertissement : que ce genre de trajectoire requiert une prise de risque totale, à un moment où tout peut encore basculer.
Questions fréquentes sur Emmanuel Macron
Quelle école a fait Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron est diplômé de Sciences Po Paris (2001) et de l’ENA (promotion Léopold Sédar Senghor, 2004). Il est sorti de l’ENA dans le corps de l’Inspection générale des finances avant de rejoindre la banque Rothschild & Co, puis l’Élysée de François Hollande.
Emmanuel Macron a-t-il travaillé dans la banque ?
Oui. De 2008 à 2012, Emmanuel Macron a exercé comme associé-gérant chez Rothschild & Co. Il y a notamment piloté le rapprochement entre Nestlé et Pfizer Nutrition, une opération de 9 milliards de dollars. Il quitte la banque en 2012 pour rejoindre l’Élysée de François Hollande.
Comment Emmanuel Macron a-t-il été élu président ?
Emmanuel Macron a fondé le mouvement En Marche ! en avril 2016, en dehors des partis traditionnels. Il remporte l’élection présidentielle de 2017 face à Marine Le Pen avec 66,1 % des voix au second tour, à l’âge de 39 ans – devenant le plus jeune président de l’histoire de la Ve République. Il est réélu en 2022 avec 58,5 % des voix.





