Son père voulait qu'il fasse Polytechnique. Il a préféré Sciences Po. C'est là qu'il a rencontré sa femme, forgé ses premières amitiés politiques, et compris qu'il était fait pour diriger des hommes plutôt que des équations. Jacques Chirac a ensuite passé cinquante ans à le démontrer – deux fois Premier ministre, deux fois Président, et une ténacité que la défaite n'a jamais vraiment entamée.
Jacques Chirac à Sciences Po Paris : l'étudiant rebelle qui entre directement à l'ENA
Jacques René Chirac naît le 29 novembre 1932 à Paris, dans le 5e arrondissement. Son père Abel, cadre dans l'industrie aéronautique, est un homme d'ordre qui a une idée précise de ce que son fils doit devenir : polytechnicien. Il l'inscrit en prépa scientifique au lycée Louis-le-Grand, ce qui se fait de mieux. Chirac s'y ennuie ferme. Un an plus tard, il abandonne les mathématiques et entre à Sciences Po Paris, section Service public – contre l'avis paternel.
Entre 1951 et 1954, Sciences Po lui révèle ce qu'il est. Ses camarades le décrivent comme charismatique, bon orateur, légèrement séducteur, et déjà entouré d'un petit groupe autour de lui. Ses professeurs voient un homme plein d'avenir. Une camarade de promotion, Bernadette Chodron de Courcel, voit autre chose : elle l'épousera en 1956. Ce qui la frappe, dira-t-elle plus tard, c'est qu'il est entré directement à l'ENA en sortant de Sciences Po, sans année préparatoire. Pour elle, c'est le signe d'un homme pas ordinaire.
Il sort de l'ENA – promotion Vauban, 1959 – en dixième position sur cinquante-six élèves. Ce n'est pas le sommet du classement, mais c'est largement suffisant pour rejoindre la Cour des comptes et, dans la foulée, enseigner à Sciences Po comme chargé de conférences dans les années 1960. Il ne rompt jamais avec l'école – il reviendra saluer le personnel des secrétariats à chacune de ses visites rue Saint-Guillaume jusqu'à la fin de sa vie.
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Chirac et Sciences Po : ce que l'école lui a appris à faire
Sciences Po n'a pas fait de Jacques Chirac un technicien. Elle lui a appris à parler devant des gens qui ne lui ressemblent pas, à construire un argument sur un terrain qu'il ne maîtrise pas encore, à lire une salle. Ces compétences-là, on ne les enseigne pas explicitement rue Saint-Guillaume – elles se transmettent par la pratique des conférences, des groupes de travail, des débats entre étudiants venus de milieux très différents.
Chirac vient d'un milieu bourgeois provincial. Sciences Po l'a mis en contact avec une élite parisienne et internationale avec laquelle il n'avait pas grandi. Cette confrontation l'a formé autant que les cours eux-mêmes. Il en ressort avec une aisance sociale élargie, une capacité à circuler dans des milieux distincts – qualité qui sera l'une des marques de sa longue carrière politique.
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Chirac, Pompidou et les premières années : le bulldozer en action
En 1962, à trente ans, Jacques Chirac rejoint le cabinet du Premier ministre Georges Pompidou comme chargé de mission. Pompidou le repère vite et lui donne un surnom qui lui collera à la peau : "mon bulldozer". La formule dit tout sur sa méthode – pas la finesse de l'analyste, mais l'efficacité de celui qui fait avancer les dossiers quand les autres débattent encore.
Élu député de Corrèze en 1967, il entre au gouvernement la même année comme secrétaire d'État. Il ne quittera plus les plus hautes fonctions pendant quarante ans – ministres, Premier ministre, maire de Paris, Président – avec seulement quelques interruptions forcées. Il avait vu juste à Sciences Po : il était fait pour diriger.
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Deux présidences, un demi-siècle de France
Chirac a perdu la présidentielle en 1981 – arrivé troisième, contribuant à la défaite de Giscard – et en 1988, battu au second tour par Mitterrand. Il a attendu. Le 7 mai 1995, à 62 ans, il est élu Président de la République à son troisième essai. Il le restera douze ans.
Son premier mandat a produit quelques actes historiques. En juillet 1995, il prononce un discours de reconnaissance de la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs pendant l'Occupation – rupture nette avec la doctrine gaulliste selon laquelle Vichy n'était pas la France. Ce discours, que ses prédécesseurs avaient refusé de prononcer, restera probablement le moment le plus courageux de ses deux mandats.
En 2003, face à la coalition américaine qui s'apprête à envahir l'Irak, Chirac dit non. Dominique de Villepin porte la position française à l'ONU dans un discours qui reçoit un tonnerre d'applaudissements – fait rarissime dans cette enceinte. La décision est risquée diplomatiquement. Elle est approuvée par une grande majorité de Français, et de l'opinion internationale hors États-Unis. Elle a marqué l'histoire de la diplomatie française.
Jacques Chirac est mort le 26 septembre 2019 à Paris, à 86 ans. Des dizaines de chefs d'État sont venus à ses obsèques. Des milliers de Français ont défilé devant son cercueil aux Invalides. Un sondage réalisé peu après sa mort le plaçait parmi les présidents les plus appréciés de la Ve République – loin devant sa cote de popularité en fin de mandat. La mort fait parfois des réputations que la vie avait compliquées.
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Questions fréquentes sur Jacques Chirac
Quelle école a fait Jacques Chirac ?
Jacques Chirac a été diplômé de Sciences Po Paris en 1954, puis de l'ENA (promotion Vauban) en 1959, dont il est sorti dixième. Il a commencé sa carrière à la Cour des comptes avant de rejoindre le cabinet de Georges Pompidou en 1962.
Jacques Chirac a-t-il rencontré sa femme à Sciences Po ?
Oui. Bernadette Chodron de Courcel, qui deviendra son épouse en 1956, était camarade de promotion de Jacques Chirac à Sciences Po Paris. Elle a raconté dans plusieurs interviews avoir été impressionnée par le fait qu'il soit entré directement à l'ENA à sa sortie de Sciences Po, sans année préparatoire.
Pourquoi Chirac est-il appelé 'le bulldozer' ?
Le surnom "mon bulldozer" lui a été donné par Georges Pompidou, dont il fut le directeur de cabinet dès 1962. Il désignait la capacité de Chirac à faire avancer les dossiers et débloquer les situations là où d'autres s'enlisaient – une qualité opérationnelle qui a caractérisé toute sa carrière politique, bien au-delà de ses deux mandats à Matignon.





