Il a annoté « zozo de la République » sur un discours de Chirac avant même de le connaître. Il est devenu son homme le plus proche. Il a prononcé en 2003 le discours le plus applaudi de l’histoire du Conseil de sécurité de l’ONU. Il a été Premier ministre sans jamais avoir été élu. Et il écrit de la poésie depuis ses années à Sciences Po. Dominique de Villepin est une figure politique française qu’aucune catégorie ne capture entièrement.
Villepin à Sciences Po Paris : une enfance de diplomate et un bac à 16 ans
Dominique Marie François René Galouzeau de Villepin naît le 14 novembre 1953 à Rabat, alors protectorat français au Maroc. Son père Xavier est industriel puis sénateur des Français de l’étranger. Sa mère est magistrate. La famille compte dix-huit décorés de la Légion d’honneur depuis le XIXe siècle. Il passe son enfance à l’étranger : Maroc, Afrique, États-Unis, Venezuela. À Caracas, en 1968, il est le seul élève de son lycée à se mobiliser pour mai 68 – à 14 ans, depuis l’Amérique latine.
De retour en France, il obtient son baccalauréat à 16 ans au lycée jésuite Le Caousou de Toulouse. Une licence de droit à Paris-Assas, une licence de lettres à Nanterre, puis Sciences Po Paris, section Service public, diplômé en 1975. L’ENA suit : promotion Voltaire (1978-1980), la même que François Hollande, Ségolène Royal et Jean-Pierre Jouyet. Il en sort 25e sur une soixantaine d’élèves.
Ce que Sciences Po lui apporte, c’est une culture du monde – des institutions, de la géopolitique, de l’histoire des relations internationales. Sa formation est fondamentalement littéraire avant d’être administrative : les licences de droit et de lettres d’abord, Sciences Po ensuite. Ce profil – lettres, droit, IEP, ENA – façonne un homme qui pense en phrases longues, pas en tableaux Excel. Ce n’est pas le profil type du haut fonctionnaire de Bercy. C’est celui du diplomate.
Lire plus : Sciences Po Paris : rentrée 2025 sous le signe de l’excellence et de l’innovation – Planète Grandes Écoles
Sciences Po, la poésie et Chirac : « zozo de la République »
C’est pendant ses années à Sciences Po et à l’ENA que Villepin publie ses premiers recueils de poésie – Parole d’exil (1986), Le Droit d’aînesse (1988) – à compte d’auteur. La poésie n’est pas pour lui une activité de week-end. Elle est consubstantielle à sa façon de penser : il cherche dans les mots une précision que la langue administrative ne lui offre pas.
Sa rencontre avec Jacques Chirac tient à une note de marge. Jeune diplomate au Quai d’Orsay, il est chargé de relire un discours que le maire de Paris doit prononcer en Allemagne. Il trouve le texte médiocre et annote dans la marge : « Si le maire de Paris prononce ce discours, il risque de devenir un zozo de la République ». Chirac tombe sur la phrase, rit aux éclats, et convoque le jeune homme. « J’apprécie ceux qui ont le courage de me dire ce qu’ils pensent. Nous travaillerons ensemble un jour. » Ils travailleront ensemble vingt ans.
Lire plus : Emmanuel Macron, Sciences Po Paris, Président de la République – Alumnow
La carrière diplomatique : Washington, New Delhi et le Quai d’Orsay
À sa sortie de l’ENA en 1980, Villepin entre au ministère des Affaires étrangères. Direction les Affaires africaines et malgaches. En 1984, il est premier secrétaire à l’ambassade de France à Washington. En 1989, premier conseiller à New Delhi. Quinze ans de diplomatie de terrain – quatre continents, des douzaines de négociations bilatérales, une connaissance intime de la façon dont les États fonctionnent réellement, loin des discours.
En 1993, il revient à Paris comme directeur de cabinet d’Alain Juppé au Quai d’Orsay. En 1995, après l’élection de Chirac, il est nommé secrétaire général de l’Élysée – poste le plus stratégique de l’appareil présidentiel, celui qui fait le lien entre le président et tous les ministères. Il le reste sept ans. C’est lui qui gère la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997 – décision qui conduit à la cohabitation avec les socialistes. Il avait conseillé à Chirac de ne pas dissoudre. Chirac n’avait pas suivi.
Lire plus : Christine Lagarde, Sciences Po, Présidente de la BCE – Alumnow
Le discours de l’ONU du 14 février 2003 : un moment dans l’histoire de la diplomatie
Le 14 février 2003, devant le Conseil de sécurité des Nations unies à New York, le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin prononce un discours de neuf minutes contre l’invasion militaire de l’Irak. Colin Powell vient de présenter les preuves américaines des armes de destruction massive irakiennes – preuves qui s’avéreront fausses.
Villepin plaide pour laisser du temps aux inspecteurs de l’ONU, pour une solution diplomatique et multilatérale, contre une guerre dont il prédit les conséquences déstabilisatrices. Sa conclusion – sur la responsabilité des vieilles nations, sur le rôle de la France comme défenseur du droit international – est suivie par une chose rare dans cette enceinte : des applaudissements. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’applaudit pas. Il a applaudi ce jour-là.
Les États-Unis envahissent l’Irak quand même. Les armes de destruction massive ne sont pas trouvées. La position française, jugée arrogante par Washington sur le moment, apparaît prémonitoire avec le recul. Pour Villepin, ce discours reste le moment le plus accompli de sa carrière diplomatique – celui où Sciences Po, l’ENA, quinze ans de terrain et une formation littéraire ont convergé en neuf minutes.
Premier ministre sans mandat électif : 2005-2007
Le 31 mai 2005, surlendemain de l’échec du référendum sur la Constitution européenne, Chirac nomme Villepin Premier ministre. Il n’a jamais été élu au suffrage universel. Il est le troisième Premier ministre de la Ve République dans cette situation, après Pompidou et Raymond Barre.
Son mandat est marqué par deux crises majeures. Les émeutes dans les banlieues de l’automne 2005, gérées avec l’état d’urgence – décision controversée mais efficace sur le court terme. Puis la crise du Contrat Première Embauche (CPE) au printemps 2006 : un contrat de travail pour les moins de 26 ans prévoyant une période d’essai de deux ans sans motif de rupture. Des millions de jeunes descendent dans la rue. Le texte est retiré. Sa popularité s’effondre.
L’affaire Clearstream – accusation de financement occulte par Villepin pour salir Sarkozy, son rival pour la présidentielle 2007 – l’occupe jusqu’en 2011, date à laquelle il est relaxé en appel. Ce feuilleton judiciaire, couvert quotidiennement par la presse, a durablement abîmé une image que le discours de l’ONU avait construite.
Pour les étudiants de Sciences Po Paris, Dominique de Villepin représente une trajectoire singulière : celle d’un diplomate-poète qui a choisi le service de l’État plutôt que le monde des affaires, qui a exercé le pouvoir sans jamais en avoir cherché la légitimité électorale, et qui a prononcé le discours le plus mémorable de la diplomatie française du XXe siècle sans jamais avoir été mandaté directement par les citoyens. Ce paradoxe dit quelque chose sur ce que Sciences Po peut former quand elle croise le bon profil.
Questions fréquentes sur Dominique de Villepin
Quelle école a fait Dominique de Villepin ?
Dominique de Villepin est diplômé de Sciences Po Paris (section Service public, 1975) et de l’ENA (promotion Voltaire, 1978-1980), dont il est sorti 25e. Il a également une licence de droit (Paris-Assas) et une licence de lettres (Nanterre).
Pourquoi le discours de Villepin à l’ONU est-il célèbre ?
Le 14 février 2003, Dominique de Villepin a prononcé au Conseil de sécurité de l’ONU un discours de neuf minutes contre l’invasion militaire de l’Irak, plaidant pour une solution diplomatique et multilatérale. Ce discours a été suivi d’applaudissements dans l’enceinte du Conseil – un fait exceptionnel. La France n’a pas empêché la guerre, mais sa position a été largement validée par les événements ultérieurs.
Dominique de Villepin a-t-il été élu ?
Non. Dominique de Villepin n’a jamais été élu au suffrage universel direct. Il a exercé les fonctions de Premier ministre de mai 2005 à mai 2007 sans mandat électif, étant le troisième Premier ministre de la Ve République dans cette situation après Georges Pompidou et Raymond Barre.





