26/04/2026

Antoine Riboud, ESCP : le dernier de la classe qui a fondé Danone et inventé le développement durable en entreprise

Antoine Riboud, dernier de sa classe à l'ESCP, avait fondé Danone en partant d'une verrerie familiale. En 1972, il prononçait le premier discours sur le développement durable 15 ans avant Brundtland.

Il avait intitulé son autobiographie "Le Dernier de la classe". Il avait été dispensé de bac par son père. À l'ESCP, il avait fait des études "assez médiocres" de son propre aveu. En 1968, il avait lancé la première OPA hostile de l'histoire de la Bourse de Paris sur Saint-Gobain – cinq fois plus grand que son groupe. Et en 1972, il avait prononcé un discours sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises – 15 ans avant Brundtland. Antoine Riboud avait bâti Danone à partir d'une verrerie de province.

Antoine Riboud à l'ESCP : le dernier de la classe et un père qui lui évite le bac

Antoine Riboud était né le 24 décembre 1918 à Lyon dans une famille de la grande bourgeoisie lyonnaise. Son grand-père avait été l'un des fondateurs de la Lyonnaise de Banque. Ses frères, Marc Riboud et Jean Riboud (futur président de Schlumberger), allaient eux aussi marquer leur siècle – le premier comme grand photographe, le second comme patron d'envergure internationale. Antoine avait fait ses études secondaires au lycée Ampère à Lyon, puis avait intégré l'École supérieure de commerce de Paris – aujourd'hui l'ESCP Business School.

Son père, jugeant l'échec au baccalauréat inévitable pour Antoine, l'en avait dispensé – détail qui avait nourri toute sa vie une forme d'ironie sur lui-même. À l'ESCP, il avait réalisé des études que lui-même qualifiait d'assez médiocres. Ce parcours académique chaotique est au cœur de son autobiographie publiée en 1999, Le Dernier de la classe – titre qui dit à la fois l'humour et le message : les notes ne disent rien de ce qu'on va faire.

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Riboud de la verrerie à BSN : l'apprentissage du terrain et l'OPA sur Saint-Gobain

En 1942, à 24 ans, Antoine Riboud avait rejoint les Verreries Souchon-Neuvesel, entreprise familiale produisant des bouteilles en verre dont le siège était à Lyon. Il y avait appris le métier sur le terrain – commercial, secrétaire général, directeur. En 1965, il en était devenu président, assumant également la présidence de la Société des eaux minérales d'Évian dont la verrerie détenait une part du capital.

En 1966, il avait fusionné Souchon-Neuvesel avec les Glaces de Boussois – fabricant de vitrage – pour créer le groupe BSN (Boussois-Souchon-Neuvesel). Puis, fin décembre 1968, il avait lancé une offre publique d'achat sur Saint-Gobain – cinq fois plus grand que BSN. C'était la première OPA hostile de l'histoire de la Bourse de Paris. L'opération avait échoué. Mais elle avait rendu Antoine Riboud célèbre dans tout le monde industriel français – celui qui avait osé.

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Riboud et le discours de Marseille 1972 : père du développement durable en entreprise

En 1972, lors des assises du Conseil national du patronat français à Marseille, Antoine Riboud avait prononcé un discours qui allait rester dans l'histoire du management. Il avait formulé ce qui s'appelait encore, à l'époque, la "responsabilité sociale de l'entreprise" :

"Conduisons nos entreprises autant avec le cœur qu'avec la tête et n'oublions pas que si les ressources d'énergie de la terre ont des limites, celles de l'homme sont infinies s'il se sent motivé."

Ce discours avait été prononcé 15 ans avant que Gro Harlem Brundtland, Première ministre norvégienne, ne popularise le concept de développement durable dans son rapport de 1987 pour les Nations Unies. Riboud avait anticipé le cadre conceptuel qui structure aujourd'hui toute la réflexion sur la gouvernance d'entreprise. Son fils Franck, et après lui Emmanuel Faber, avaient poursuivi cette ligne – jusqu'à l'obtention du statut d'Entreprise à Mission en 2020.

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Du verre à Danone : la reconversion stratégique la plus audacieuse du capitalisme français

Face à la montée de l'emballage plastique dans les années 1970, Antoine Riboud avait pris une décision stratégique radicale : abandonner le verre et pivoter vers l'agroalimentaire – ce domaine qui, précisément, utilisait beaucoup de flacons en verre creux. En 1970, BSN avait pris le contrôle de Kronenbourg et d'Évian. En 1972, il avait rencontré Daniel Carasso, PDG de Gervais-Danone. En juin 1973, il avait réalisé la fusion entre BSN et Gervais-Danone – créant la première entreprise agroalimentaire de France.

Dans les années suivantes, il avait racheté LU et Belin (biscuits), renforcé Évian et Kronenbourg, développé les produits laitiers frais. En 1994, il avait pris la décision finale : remplacer le nom BSN – inconnu hors de France – par celui de sa marque principale, Danone, devenu un nom mondial. En mai 1996, pour le trentième anniversaire du groupe, il s'était retiré et avait passé les rênes à son fils Franck Riboud.

Antoine Riboud était mort le 5 mai 2002 à Paris, à 83 ans. En trente ans, il avait transformé une verrerie de province en un groupe alimentaire de 14 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec 100 000 collaborateurs dans le monde. Pour les alumni de l'ESCP, il reste la preuve qu'une scolarité médiocre ne dit rien de ce qu'un chef d'entreprise est capable de construire – et qu'un discours prononcé à Marseille en 1972 peut précéder de quinze ans les grandes déclarations internationales.

Questions fréquentes sur Antoine Riboud

Quelle école a fait Antoine Riboud ?

Antoine Riboud avait fait ses études à l'École supérieure de commerce de Paris, aujourd'hui l'ESCP Business School. Il avait lui-même qualifié ses études d'"assez médiocres", en avait fait le titre de son autobiographie Le Dernier de la classe (1999). Il avait été dispensé de baccalauréat par son père.

Qu'est-ce que le discours de Marseille 1972 d'Antoine Riboud ?

En 1972, lors des assises du CNPF à Marseille, Antoine Riboud avait prononcé un discours sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, affirmant que les ressources de la terre avaient des limites mais que celles de l'homme étaient infinies s'il se sentait motivé. Ce discours est considéré comme un texte précurseur du concept de développement durable, formulé 15 ans avant que le rapport Brundtland (1987) ne le popularise à l'échelle internationale.

Comment Antoine Riboud a-t-il fondé Danone ?

Antoine Riboud avait hérité d'une entreprise verrière familiale (Souchon-Neuvesel) qu'il avait développée jusqu'à créer le groupe BSN en 1966. Face à la montée de l'emballage plastique, il avait pivoté vers l'agroalimentaire, acquérant Kronenbourg et Évian en 1970, avant de fusionner BSN avec Gervais-Danone en juin 1973. En 1994, il avait rebaptisé le groupe Danone pour en faire une marque mondiale. À son départ en 1996, le groupe réalisait 14 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

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