En 2007, Nicolas Sarkozy lui propose un poste de ministre. Elle refuse – préférant rester chez Areva où elle est PDG depuis 2001. En 2008, Forbes la classe 9e femme la plus puissante du monde, 2e en Europe, 1re en France. Elle dirige alors le premier groupe nucléaire mondial avec 75 000 employés dans 40 pays. Anne Lauvergeon est normalienne, agrégée de sciences physiques, ingénieure en chef des Mines. Et elle a refusé les étiquettes toute sa vie.
Anne Lauvergeon à l'ENS et aux Mines de Paris : physique, agrégation, corps des mines
Anne Lauvergeon naît le 2 août 1959 à Dijon. Son père Gérard est professeur agrégé d'histoire. Elle grandit à Orléans, fait ses études secondaires au lycée Voltaire, puis sa classe préparatoire scientifique au lycée Lakanal à Paris. En 1978, elle intègre l'École Normale Supérieure. Elle y obtient l'agrégation de sciences physiques, puis devient ingénieure des Mines de Paris – intégrant ainsi le corps le plus sélectif de la haute fonction publique française.
Ce double cursus ENS-Mines est rare parmi les femmes de sa génération. Il lui apporte une rigueur conceptuelle en physique combinée à la formation de stratège industriel que donnent les Mines. Quand elle prendra la tête d'Areva, un groupe dont le cœur de métier est la physique nucléaire, ces deux formations seront directement opérationnelles – elle pourra parler technique avec les ingénieurs, finance avec les actionnaires, géopolitique avec les gouvernements.
Elle commence sa carrière en 1983 dans la sidérurgie chez Usinor, puis intègre l'Institut de protection et de sûreté nucléaire du CEA en 1984 où elle étudie les problèmes de sûreté chimique en Europe. Entre 1985 et 1988, elle supervise les activités minières et souterraines autour de Paris. En 1988, elle est nommée directrice adjointe du Conseil général des Mines.
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Anne Lauvergeon sherpa de Mitterrand : les G7 et l'Élysée
En 1990, Anne Lauvergeon est nommée chargée de mission pour l'Économie Internationale et le Commerce extérieur à la Présidence de la République. En 1991, elle devient Secrétaire général adjoint à l'Élysée et sherpa de François Mitterrand pour l'organisation des sommets du G7/G8. Le rôle de sherpa est parmi les plus discrets et les plus influents de la diplomatie internationale : préparer les positions françaises en amont de chaque sommet, coordonner avec les sherpas des autres nations, anticiper les blocages.
Ce passage à l'Élysée lui construit un réseau international unique – chefs d'État, ministres des finances, banquiers centraux. Elle y développe aussi une compréhension des équilibres géopolitiques qui sera directement utile quand elle pilotera les ventes de réacteurs nucléaires dans le monde entier. En 1997, elle quitte la sphère publique pour rejoindre Alcatel comme vice-présidente senior, puis membre du comité exécutif.
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Lauvergeon PDG d'Areva : "Atomic Anne" et le nucléaire comme énergie d'avenir
En juin 1999, elle est nommée PDG de la Cogema – le groupe public de traitement et d'enrichissement de l'uranium. En juillet 2001, la Cogema fusionne avec Framatome pour créer Areva – le premier groupe nucléaire intégré mondial. Elle en prend la présidence du directoire. La presse internationale la surnomme "Atomic Anne".
En dix ans à la tête du groupe, elle multiplie le chiffre d'affaires : de 6,8 milliards en 2001 à 9,1 milliards en 2010. En 2010, 95 % des électriciens nucléaires mondiaux sont clients d'Areva. Elle porte une vision : le nucléaire comme énergie bas-carbone indispensable à la transition énergétique, dans un moment où le débat climatique commence à structurer les politiques énergétiques mondiales. Elle est en avance sur ce cadrage – qui ne deviendra dominant en Europe qu'une décennie plus tard.
En 2007, Nicolas Sarkozy lui propose un poste de ministre. Elle refuse. Elle dira plus tard avoir préféré "faire" plutôt que "être". Sarkozy la nomme quand même à la Commission Attali. Leurs relations resteront tendues : il pousse pour une prise de contrôle partielle d'Areva par Bouygues et Alstom ; elle résiste.
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La fin du mandat d'Anne Lauvergeon chez Areva : Olkiluoto, UraMin et la sortie
Son mandat se termine dans la tourmente. Le chantier du réacteur EPR d'Olkiluoto en Finlande, lancé en 2005, accumule retards et surcoûts massifs. Le rachat de la mine canadienne UraMin en 2007 pour 2,5 milliards de dollars – une mine d'uranium dont les réserves se révèlent bien inférieures aux estimations – est jugé désastreux. Ces deux dossiers coûteront à terme plus de 5,5 milliards d'euros à l'État.
En 2011, le contexte post-Fukushima aggrave la situation : la catastrophe japonaise relance le débat sur l'arrêt du nucléaire dans plusieurs pays européens. Areva est fragilisé. Anne Lauvergeon ne voit pas son mandat renouvelé. Elle quitte le groupe et fonde Anne Lauvergeon Partners (ALP), structure de conseil et d'investissement. Elle présidera ensuite la commission gouvernementale Innovation 2030 et le conseil d'administration de Sigfox, l'opérateur français de l'IoT, jusqu'en 2022.
Pour les alumni des Mines de Paris et de l'ENS, Anne Lauvergeon reste la figure la plus accomplie de ce que ces deux formations peuvent produire : une physicienne rigoureuse qui a navigué les sommets du G7, dirigé le premier groupe nucléaire mondial, refusé un ministère et tenu tête à deux présidents de la République successifs. Le fiasco d'UraMin a abîmé son bilan. Il n'a pas effacé ce qu'elle avait construit.
Questions fréquentes sur Anne Lauvergeon
Quelle école a fait Anne Lauvergeon ?
Anne Lauvergeon est diplômée de l'ENS Paris (entrée en 1978), agrégée de sciences physiques, et ingénieure en chef du Corps des Mines de Paris (Mines Paris PSL). Elle a commencé sa carrière en 1983 chez Usinor avant de rejoindre le CEA puis l'Élysée.
Pourquoi appelle-t-on Anne Lauvergeon "Atomic Anne" ?
La presse internationale a surnommé Anne Lauvergeon "Atomic Anne" lors de son mandat à la tête d'Areva (2001-2011), le premier groupe nucléaire mondial intégré. Forbes l'a classée 9e femme la plus puissante du monde en 2008. Le surnom reflète à la fois son domaine de prédilection et sa réputation de dirigeante qui ne cède pas facilement aux pressions politiques.
Pourquoi Anne Lauvergeon a-t-elle quitté Areva ?
Anne Lauvergeon n'a pas vu son mandat à la tête d'Areva renouvelé en 2011. Son départ intervenait dans un contexte difficile : le chantier du réacteur EPR d'Olkiluoto en Finlande accumulait retards et surcoûts, le rachat de la mine UraMin s'avérait désastreux, et la catastrophe de Fukushima fragilisait tout le secteur nucléaire mondial. Elle a ensuite fondé Anne Lauvergeon Partners et présidé la commission Innovation 2030.





