Il a été classé parmi les quatre dirigeants les plus respectés du monde par le Financial Times et PricewaterhouseCoopers en 2003, 2004 et 2005. Il a redressé Nissan en trois ans quand tout le monde pensait que c'était impossible. Il parle cinq langues. Et en décembre 2019, il a quitté le Japon dissimulé dans une caisse d'équipement audio transportée par un groupe de faux musiciens. Le parcours de Carlos Ghosn est à l'image de l'homme : hors de toute catégorie.
Ghosn à Polytechnique et aux Mines de Paris : trois cultures avant le premier emploi
Carlos Ghosn naît le 9 mars 1954 à Porto Velho, au Brésil, dans une famille libanaise maronite. Son grand-père avait émigré du Liban au Brésil à 13 ans. À 6 ans, Carlos part avec sa mère s'installer à Beyrouth, où il est scolarisé dans un collège jésuite – Notre-Dame de Jamhour. Il dira plus tard que cette école lui a donné le goût du défi et de la compétitivité. À 18 ans, il arrive en France.
Classe préparatoire scientifique au lycée Stanislas à Paris de 1972 à 1974, puis École Polytechnique – promotion 1974. Il en sort en 1978 et enchaîne directement avec l'École des Mines de Paris, dont il est diplômé la même année. Ce double cursus X-Mines est le passeport des ingénieurs qui visent les plus hautes fonctions industrielles – les grands corps de l'État, les directions de groupes du CAC 40. Il parle déjà français, portugais, arabe et anglais. Il apprendra le japonais plus tard.
Ce que Polytechnique et les Mines de Paris lui apportent, c'est une rigueur analytique et une compréhension systémique des processus industriels complexes. Quand il restructurera Nissan dix ans plus tard, il décomposera le problème comme un ingénieur : identifier les coûts, cartographier les flux, fixer des objectifs chiffrés, tenir les délais. Pas de rhétorique, pas de grands discours. Des tableaux de bord et des résultats.
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Michelin et Renault : l'apprentissage du "Cost Killer"
En 1978, Ghosn rejoint Michelin comme ingénieur de production à l'usine du Puy-en-Velay. En six ans, il gravit les échelons : chef d'usine, responsable R&D sur les pneumatiques agricoles, puis directeur des opérations de Michelin en Amérique du Sud à São Paulo. Sa capacité à réduire les coûts sans sacrifier la qualité lui vaut d'être remarqué. En 1989, il prend la présidence de Michelin Amérique du Nord. Il a 35 ans.
En 1996, Louis Schweitzer le recrute chez Renault comme directeur général adjoint. La mission : redresser un groupe qui sort d'une période difficile. Ghosn ferme l'usine de Vilvorde en Belgique en 1997 – décision brutale, politiquement coûteuse, économiquement nécessaire. Le surnom de "Cost Killer" lui colle à la peau. Il ne s'en défend pas.
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Ghosn et Polytechnique face au défi Nissan : le plan de renaissance en 18 mois
En 1999, Renault prend 36,8 % du capital de Nissan, constructeur japonais au bord de la faillite avec 20 milliards de dollars de dettes. Ghosn est envoyé à Tokyo comme directeur général délégué, puis PDG. Il ne parle pas japonais. Il ne connaît pas l'industrie automobile japonaise. Il débarque dans une culture d'entreprise radicalement différente de tout ce qu'il a connu.
En 18 mois, il présente et met en œuvre le Nissan Revival Plan : fermeture de 5 usines, réduction de 21 000 postes, rationalisation du réseau de fournisseurs passé de 1 145 à 600 partenaires. En 2001, Nissan est bénéficiaire pour la première fois depuis huit ans. En 2003, la dette est intégralement remboursée et le bénéfice net a progressé de 33 %. Fortune Asia le nomme "homme de l'année 2003".
Ce redressement – qualifié de "miracle" par la presse économique japonaise – est directement lié à la méthode d'ingénieur qu'il a apprise à Polytechnique et aux Mines. Analyser un système, identifier les leviers, fixer des objectifs non négociables et tenir le calendrier. La culture de la rigueur quantitative, appliquée à un groupe automobile en perdition.
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L'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi : un modèle industriel inédit
En 2005, Ghosn devient simultanément PDG de Renault et de Nissan – une première dans l'histoire industrielle mondiale. Il passe en moyenne 150 000 miles par avion par an. En 2016, il ajoute Mitsubishi à l'alliance après un scandale de falsification de données de consommation du constructeur japonais. L'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi devient le premier groupe automobile mondial par le volume en 2017, devant Toyota et Volkswagen. Sa rémunération totale des trois groupes dépasse 17 millions de dollars cette année-là.
L'arrestation, l'évasion et le Liban : une fin de parcours sans équivalent
Le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn est arrêté à l'aéroport de Tokyo. Les accusations japonaises portent sur des malversations financières – dissimulation de revenus, utilisation de biens sociaux à des fins personnelles. Il nie les faits. La procédure judiciaire s'étire. En décembre 2019, alors qu'il est en liberté sous caution, il quitte le Japon clandestinement. Selon des enquêteurs turcs et japonais, il aurait été dissimulé dans une caisse d'équipement audio transportée par un groupe de faux musiciens, embarquée dans un jet privé vers la Turquie, puis vers le Liban.
Depuis 2020, il vit à Beyrouth, pays sans traité d'extradition avec le Japon. Il enseigne le management à l'Université du Saint-Esprit de Kaslik, donne des conférences, publie des livres. Des procédures judiciaires sont ouvertes contre lui dans treize pays. Il nie l'ensemble des accusations et affirme avoir été victime d'un complot orchestré par des dirigeants de Nissan qui voulaient empêcher une fusion plus poussée avec Renault.
Pour les alumni de Polytechnique et des Mines de Paris, le parcours de Ghosn illustre quelque chose de rare et de troublant à la fois : un ingénieur formé dans les meilleures écoles françaises qui a bâti l'un des plus grands groupes industriels mondiaux – et dont la fin de carrière reste un des feuilletons judiciaires les plus commentés de l'histoire du capitalisme contemporain.
Questions fréquentes sur Carlos Ghosn
Quelle école a fait Carlos Ghosn ?
Carlos Ghosn est diplômé de l'École Polytechnique (promotion 1974) et de l'École des Mines de Paris (1978). Il a ensuite rejoint Michelin en 1978 avant d'entrer chez Renault en 1996.
Comment Carlos Ghosn a-t-il redressé Nissan ?
Nommé PDG de Nissan en 1999, Carlos Ghosn a présenté le Nissan Revival Plan : fermeture de 5 usines, réduction de 21 000 postes et rationalisation du réseau de fournisseurs. En 2001, Nissan était bénéficiaire pour la première fois en 8 ans. En 2003, la dette de 20 milliards de dollars était intégralement remboursée.
Pourquoi Carlos Ghosn a-t-il fui le Japon ?
Arrêté en novembre 2018 par la justice japonaise pour des accusations de malversations financières, Carlos Ghosn a quitté clandestinement le Japon en décembre 2019 alors qu'il était en liberté sous caution. Selon les enquêteurs, il aurait été dissimulé dans une caisse d'équipement audio transportée dans un jet privé vers la Turquie puis le Liban. Il nie les accusations et vit depuis à Beyrouth, pays sans traité d'extradition avec le Japon.



