14/02/2026

Patrick Drahi, Polytechnique : le fils de profs de maths de Casablanca qui a racheté SFR pour 13 milliards et vit en Suisse

Patrick Drahi, X et Télécom ParisTech, a bâti Altice en rachetant un à un des câblo-opérateurs en difficulté avant d'avaler SFR pour 13 milliards. Il réside en Suisse et fait face à un contentieux fiscal de 7,5 Mds.

Ses parents étaient professeurs de mathématiques à Casablanca. Il est arrivé en France à 15 ans, à Montpellier. Il a fait Polytechnique, puis Télécom ParisTech. Il a fondé Altice en 2001 avec quelques câblo-opérateurs en difficulté. En 2014, il a racheté SFR pour 13 milliards d'euros – la plus grande acquisition dans les télécoms français de la décennie. Et il réside en Suisse depuis 1999, au centre d'un contentieux fiscal de 7,5 milliards avec le canton de Genève.

Drahi à Polytechnique : Casablanca, Montpellier et deux grandes écoles

Patrick Drahi naît le 20 août 1963 à Casablanca, au Maroc. Son père et sa mère sont tous deux professeurs de mathématiques – un environnement familial qui explique son orientation précoce vers les sciences. En 1978, à 15 ans, sa famille quitte le Maroc et s'installe à Montpellier. Il suit sa classe préparatoire scientifique au lycée Joffre, l'une des meilleures prépas de province.

Il intègre l'École Polytechnique en 1983, puis poursuit à l'École nationale supérieure des télécommunications – aujourd'hui Télécom ParisTech. Ce double cursus lui apporte à la fois la rigueur mathématique de l'X et une spécialisation technique directement opérationnelle dans les réseaux et les infrastructures de communication. Des compétences qu'il va mettre en pratique dès le début de sa carrière.

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Drahi avant Altice : Philips, UPC et la mécanique du câble

À sa sortie des grandes écoles, Drahi commence sa carrière chez Philips. Il rejoint ensuite UPC, filiale européenne de Liberty Global – le géant américain du câble dirigé par John Malone, qui deviendra son modèle de référence. Chez UPC, il rachète pour 330 millions d'euros de câblo-opérateurs français en difficulté : RCF, Time Warner Cable France, Rhône Vision câble, Videopole, InterComm France. Il apprend un métier précis : identifier des actifs sous-valorisés, les consolider, réduire les coûts, améliorer le service.

En 2000, il tente de créer Fortel, un opérateur mobile avec NRJ et Wendel. La bulle Internet explose en 2001, le projet est abandonné. Il revend ses parts d'UPC avec une plus-value d'environ 40 millions d'euros et fonde en mai 2001 sa propre structure : Altice, un fonds d'investissement spécialisé dans le câble.

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Drahi et SFR : la bataille de 2014, l'acquisition du siècle dans les télécoms français

De 2002 à 2013, Drahi rachète méthodiquement les câblo-opérateurs français, bâtissant discrètement Numericable qui finit par contrôler 99 % du câble français. Il intègre ensuite des actifs en Israël (HOT), en République dominicaine (Tricom), au Portugal.

Début 2014, Vivendi annonce la mise en vente de SFR, deuxième opérateur mobile de France. Deux candidats s'affrontent : Bouygues et Numericable-Altice. La bataille dure des semaines, avec des offres et contre-offres qui alimentent les unes des journaux économiques. En mars 2014, Vivendi retient l'offre Drahi. L'acquisition est finalisée à 13 milliards d'euros – la plus importante dans les télécoms français de la décennie. Drahi, inconnu du grand public la veille, devient instantanément l'une des figures les plus commentées du capitalisme français.

Dans la foulée, il acquiert les médias : BFM TV, RMC, BFM Business, puis L'Express. Aux États-Unis, il s'offre Suddenlink (9,1 milliards de dollars) et Cablevision (17,7 milliards de dollars), positionnant Altice comme un acteur mondial des télécoms et des médias. En 2015, il devient le premier mécène privé de l'École Polytechnique.

Drahi, la Suisse, le contentieux fiscal et la restructuration d'Altice

Patrick Drahi réside en Suisse depuis 1999, officiellement domicilié à Zermatt dans le canton du Valais. En novembre 2022, une enquête de la Télévision suisse romande révèle qu'il aurait déplacé sa collection de tableaux – estimée à au moins 750 millions d'euros – vers des sociétés offshore juste avant l'entrée en vigueur d'une nouvelle réglementation fiscale au Luxembourg. L'administration fiscale genevoise, estimant que son vrai lieu de résidence est à Cologny (Genève), lui réclame 7,4 milliards de francs suisses d'impôts non payés entre 2009 et 2016.

Parallèlement, la dette colossale accumulée par Altice pour financer ses acquisitions fragilise le groupe. En février 2025, Altice France finalise une restructuration majeure de sa dette, éliminant environ 8,6 milliards d'euros de dette en échange de participations accordées aux créanciers. En juin 2025, Drahi engage un processus de cession des actifs SFR, avec des discussions avec Iliad, Bouygues Telecom et Orange. Pour les alumni de Polytechnique, le parcours de Drahi illustre une stratégie d'ingénieur appliquée au capital – identifier des sous-valorisations, lever de la dette, consolider, opérer. Jusqu'à ce que la dette devienne elle-même le problème.

Questions fréquentes sur Patrick Drahi

Quelle école a fait Patrick Drahi ?

Patrick Drahi est diplômé de l'École Polytechnique et de l'École nationale supérieure des télécommunications (aujourd'hui Télécom ParisTech). Fils de deux professeurs de mathématiques, il a effectué sa prépa au lycée Joffre à Montpellier après être arrivé du Maroc à 15 ans.

Comment Patrick Drahi a-t-il racheté SFR ?

En 2014, quand Vivendi met SFR en vente, Patrick Drahi – alors à la tête de Numericable-Altice – remporte la bataille face à Bouygues avec une offre finalisée à 13 milliards d'euros. C'est la plus grande acquisition dans les télécoms français de la décennie. Elle le propulse immédiatement au premier rang du capitalisme français, lui qui était jusqu'alors peu connu du grand public.

Pourquoi Patrick Drahi est-il en litige avec le fisc suisse ?

Le canton de Genève reproche à Patrick Drahi de résider en réalité à Cologny (Genève) plutôt qu'à Zermatt (Valais) où il est officiellement domicilié, ce qui lui permettrait de bénéficier d'avantages fiscaux. L'administration genevoise réclame 7,4 milliards de francs suisses (environ 7,5 milliards d'euros) pour des impôts non payés entre 2009 et 2016. Une enquête a également révélé le déplacement de sa collection de tableaux vers des structures offshore avant un changement de réglementation fiscale au Luxembourg.

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