En 1986, il répond à une annonce parue dans Libération : "Je cherche un polytechnicien acceptant de travailler au SMIC pour une société de production qui n'existe pas." Il envoie sa lettre le jour même. C'est le début d'une trajectoire où Jean-Marc Jancovici ne fera jamais ce qu'on attend d'un polytechnicien – jusqu'au moment où son regard d'ingénieur sur le changement climatique devient la référence de tout un débat.
Jancovici à l'École Polytechnique : un X qui challengeait déjà ses professeurs
Jean-Marc Jancovici naît le 13 février 1962 à Paris. Son père Bernard Jancovici est physicien, professeur à Paris-Sud, rescapé de la Shoah – son propre père Jean a péri en déportation à Auschwitz. Jean-Marc grandit dans un milieu scientifique où la rigueur intellectuelle est une valeur cardinale. Après une partie de ses études à Grenoble, il suit les mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand à Paris.
Il intègre l'École Polytechnique en 1981 – promotion X81. Dès les premières années, il se distingue non par une discrétion estudiantine, mais par sa tendance à challenger les conférenciers. Un soir, une intervenante parle de l'histoire de l'humanité et de la place du feu dans les civilisations – Jancovici lève la main et lui demande pourquoi elle oublie le rôle des interactions entre communautés. Ce n'est pas de l'insolence. C'est déjà une façon de penser en systèmes, de chercher les variables cachées que l'exposé laisse de côté.
Il sort de l'X en 1984, puis complète sa formation à l'École nationale supérieure des télécommunications (Télécom Paris), dont il sort diplômé en 1986. Cette double formation – mathématiques-physique de l'X, traitement du signal et systèmes de Télécom – lui donne une capacité rare à penser des systèmes complexes de façon quantitative.
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Jancovici après Polytechnique : du cinéma au conseil, un parcours délibérément atypique
En 1986, Jancovici aurait pu rejoindre un grand groupe industriel, la fonction publique ou un cabinet de conseil classique. Il choisit de répondre à l'annonce de Libération et fonde avec Franck Cabot-David la société Ciné Magma Production. Objectif : faire des films artistiques financés par des films d'entreprise. Il y travaille jusqu'en 1989. Ce n'est pas un écart de jeunesse – c'est un signal sur un homme qui refuse d'avance les rails qu'on lui a tracés.
Les années 1990 sont celles de la dérive contrôlée : missions de conseil en énergie, travail avec France Télécom sur les conséquences du télétravail. C'est là, dit-il, qu'il découvre avec "stupeur" le sujet du réchauffement climatique. Un ingénieur formé à quantifier les systèmes tombe sur un problème où les quantités disponibles sont précises, les mécanismes physiques clairs, et les conséquences immenses. Il ne lâche plus le sujet.
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Le Bilan Carbone : un outil d'ingénieur qui devient norme nationale
De 2000 à 2010, Jancovici collabore avec l'ADEME pour concevoir et affiner le Bilan Carbone – méthode standardisée de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre d'une organisation. Ce n'est pas un rapport de plus sur l'environnement. C'est un outil opérationnel, chiffré, directement utilisable par les entreprises pour mesurer leur empreinte et identifier les leviers de réduction.
La méthode est officiellement lancée par l'ADEME en 2004. Elle deviendra la base de l'article 75 de la loi Grenelle II, qui impose à toute entreprise de plus de 500 salariés et toute collectivité de plus de 50 000 habitants de réaliser un inventaire de leurs émissions de gaz à effet de serre. Des milliers d'organisations l'ont utilisée. C'est probablement l'outil le plus concret qu'un ingénieur français ait produit sur le sujet climatique.
En 2007, il cofonde avec Alain Grandjean le cabinet Carbone 4, spécialisé dans les stratégies de décarbonation pour les entreprises et les institutions. En 2010, il crée The Shift Project – think tank dont les rapports sur le numérique, les transports ou l'industrie sont devenus des références dans le débat public français sur la transition énergétique.
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"L'effet Janco" : comment un ingénieur est devenu une star du débat public
La notoriété de Jancovici explose à partir de 2018. Ses conférences filmées – notamment celle donnée à l'École des mines de Paris en 2019 et vue des millions de fois – circulent massivement en ligne. Le format est simple : des graphiques, des chiffres, une voix sans affect, une conclusion implacable. Pas de catastrophisme, pas de militantisme au sens émotionnel du terme. De la physique.
Le Monde a tenté de caractériser ce qu'il appelle l'"effet Janco" : son humour noir, ses expressions récurrentes ("ordre de grandeur", "règle de trois"), son "mépris pour les élites" qui séduit paradoxalement dans des milieux très diplômés, sa "fanbase" urbaine, masculine et très diplômée qui se répète ses répliques. En 2021, il publie avec le dessinateur Christophe Blain la bande dessinée Le Monde sans fin – plus d'un million d'exemplaires vendus. Pour une BD de vulgarisation sur l'énergie fossile, c'est sans équivalent.
Ses positions ne font pas l'unanimité. Il est pro-nucléaire dans un débat environnemental souvent hostile à l'atome. Il critique la croissance verte comme illusion. Il estime que la décroissance économique est inévitable si l'on prend au sérieux les contraintes physiques de la planète. Ces positions lui valent des critiques des deux bords – les écolos qui refusent le nucléaire, les libéraux qui rejettent la décroissance. Il ne change pas de position.
Pour les alumni de l'École Polytechnique, Jancovici incarne une figure atypique : pas de grand corps, pas de passage en cabinet ministériel, pas de direction de groupe du CAC 40. Son influence est entièrement intellectuelle, construite depuis l'extérieur du système. Il a utilisé la formation que l'X lui avait donnée – penser en systèmes, quantifier, ne pas se contenter des ordres de grandeur imprécis – pour devenir l'ingénieur le plus écouté de France sur un sujet que les ingénieurs avaient longtemps laissé aux politiques.
Questions fréquentes sur Jean-Marc Jancovici
Quelle école a fait Jean-Marc Jancovici ?
Jean-Marc Jancovici est diplômé de l'École Polytechnique (promotion X1981) et de l'École nationale supérieure des télécommunications (Télécom Paris, promotion 1986). Il enseigne depuis 2008 à l'École des mines de Paris.
Qu'est-ce que le Bilan Carbone de Jancovici ?
Le Bilan Carbone est une méthode standardisée de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre développée par Jean-Marc Jancovici pour l'ADEME entre 2000 et 2010. Officiellement lancée en 2004, elle est devenue obligatoire en France pour les entreprises de plus de 500 salariés via la loi Grenelle II (article 75). C'est aujourd'hui la référence française en matière de comptabilité carbone.
Qu'est-ce que The Shift Project ?
The Shift Project est un think tank français cofondé par Jean-Marc Jancovici en 2010, spécialisé dans la décarbonation de l'économie. Il produit des rapports sur les secteurs les plus émetteurs (numérique, transports, industrie, bâtiment) et formule des recommandations concrètes pour accélérer la transition énergétique. Ses travaux sont reconnus pour leur rigueur quantitative et leur indépendance vis-à-vis des lobbies industriels.




