En 1993, à 41 ans, après quinze ans dans les ministères et les cabinets, Paul Hermelin rejoint Capgemini. Personne ne l'attendait dans la tech. Il avait fait Polytechnique et l'ENA, travaillé avec Delors puis DSK, et été conseiller municipal socialiste à Avignon. Il est resté chez Capgemini jusqu'en 2020. Sous sa direction, le groupe est passé de groupe de services informatiques français à leader mondial de la transformation numérique.
Hermelin à Polytechnique et à l'ENA : deux grandes écoles, une carrière publique
Paul Hermelin naît le 30 avril 1952. Prépa scientifique au lycée Saint-Louis à Paris, puis l'École Polytechnique – promotion X1972. Puis l'ENA – promotion Mendès France (1976-1978). Ce double cursus X-ENA est l'une des formations les plus sélectives qui soit dans le système français : il ouvre les portes des grands corps d'État et des plus hautes fonctions politiques et administratives.
À sa sortie de l'ENA en 1978, Hermelin intègre le ministère de l'Économie et des Finances, à la Direction du Budget. Ce n'est pas un passage par défaut : la Direction du Budget est l'un des postes les plus stratégiques de l'État, celui qui contrôle l'ensemble des dépenses publiques françaises. Il y apprend la mécanique de l'État de l'intérieur – comment les arbitrages se font, où sont les vrais leviers de décision, pourquoi les réformes réussissent ou échouent.
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Hermelin entre Delors, Curien et DSK : quinze ans dans les cabinets ministériels
Pendant quinze ans, Paul Hermelin gravite dans les cabinets ministériels les plus importants. D'abord chez Jacques Delors, ministre des Finances – futur président de la Commission européenne, artisan de l'Acte unique. Puis chez Hubert Curien, ministre délégué à la Recherche et à la Technologie (1988-1991). Et enfin, de 1991 à 1993, directeur du cabinet de Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Industrie et du Commerce Extérieur.
Ce parcours n'est pas une parenthèse avant la vraie vie – c'est une formation intensive à la gestion de systèmes complexes, à la négociation dans des environnements politiques, à la coordination entre acteurs aux intérêts contradictoires. Toutes des compétences qui se révèleront directement utiles pour diriger un groupe mondial avec 340 000 collaborateurs dans 50 pays. Ce que Polytechnique lui avait appris à modéliser, l'ENA et les cabinets lui apprenaient à négocier.
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Hermelin chez Capgemini : de coordinateur à PDG en neuf ans, puis 18 ans à la tête du groupe
En mai 1993, Paul Hermelin rejoint Capgemini, le groupe de services informatiques fondé par Serge Kampf, comme coordinateur des fonctions centrales. Il a 41 ans. En 1996, il est nommé membre du directoire et PDG de Capgemini France. En mai 2000, il est l'architecte de la fusion entre Cap Gemini et Ernst & Young Consulting – l'une des plus importantes opérations de consolidation du secteur des services numériques de l'époque. Il en devient directeur général délégué.
En janvier 2002, sur proposition de Serge Kampf, il est nommé directeur général du groupe. En mai 2012, il devient président-directeur général. Il dirige Capgemini pendant 18 ans – une longévité exceptionnelle à la tête d'un groupe du CAC 40. Sous sa direction, le chiffre d'affaires passe d'environ 5 milliards à près de 16 milliards d'euros. Le groupe acquiert notamment iGate en 2015 (spécialiste indien de l'IT, 31 000 collaborateurs) et Altran en 2020 (ingénierie et R&D, 50 000 personnes) – deux acquisitions qui repositionnent Capgemini sur l'ingénierie technologique à haute valeur ajoutée.
En mai 2020, il cède la direction générale à Aiman Ezzat et conserve la présidence du conseil d'administration. Cette transmission préparée – une dissociation entre présidence et direction générale, avec un successeur interne – est un modèle de succession dans les grands groupes cotés.
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Paul Hermelin, l'Inde et Avignon : une carrière à trois vitesses
En janvier 2013, Laurent Fabius nomme Paul Hermelin représentant spécial de la France pour la relation économique avec l'Inde. Le choix est logique : en 2014, les collaborateurs indiens représentent un tiers des effectifs de Capgemini, soit près de 47 000 personnes. Hermelin connaît l'Inde comme peu de dirigeants français. Il copréside le Forum franco-indien des chefs d'entreprise.
En parallèle de toute sa carrière dans les ministères puis chez Capgemini, Paul Hermelin a maintenu un mandat électif local : conseiller municipal socialiste d'Avignon de 1989 à 2001, puis de nouveau depuis 2008. Ce double ancrage – groupe mondial du CAC 40 d'un côté, conseil municipal d'une ville de province de l'autre – est une originalité dans un paysage où les grands patrons tendent à se couper progressivement de toute dimension locale.
Pour les alumni de Polytechnique et de l'ENA, Paul Hermelin représente une trajectoire qui n'est pas évidente a priori : un énarque qui bascule dans la tech à 41 ans et y reste vingt-sept ans. Ce n'est pas un accident de parcours – c'est un choix délibéré, au moment où l'informatique devenait stratégique pour toutes les entreprises. Il a eu raison dix ans avant les autres.
Questions fréquentes sur Paul Hermelin
Quelle école a fait Paul Hermelin ?
Paul Hermelin est diplômé de l'École Polytechnique (promotion X1972) et de l'ENA (promotion Mendès France, 1976-1978). Il a passé les quinze premières années de sa carrière dans l'administration française avant de rejoindre Capgemini en 1993.
Combien de temps Paul Hermelin a-t-il dirigé Capgemini ?
Paul Hermelin a été directeur général de Capgemini de janvier 2002 à mai 2020, soit 18 ans. Il en est devenu PDG (président et directeur général) en mai 2012. Depuis mai 2020, il est président du conseil d'administration, ayant cédé la direction générale à Aiman Ezzat.
Quel a été le rôle de Paul Hermelin dans la croissance de Capgemini ?
Sous la direction de Paul Hermelin, le chiffre d'affaires de Capgemini a été multiplié par trois, passant d'environ 5 milliards à près de 16 milliards d'euros. Il a orchestré deux acquisitions majeures : iGate en 2015 (spécialiste indien de l'IT) et Altran en 2020 (ingénierie et R&D, 50 000 personnes), repositionnant le groupe sur les services technologiques à haute valeur ajoutée.




