Son père Yves Rocard était l'un des principaux physiciens du programme nucléaire français. Il voulait que son fils fasse Polytechnique. Le fils était entré à Sciences Po contre son avis – et avait dit plus tard : "C'est à Sciences Po que je suis devenu socialiste." En 1988, François Mitterrand l'avait nommé Premier ministre – pour lui confier le pouvoir ou pour le neutraliser, les deux lectures coexistent encore. En trente mois, Michel Rocard avait créé le RMI et la CSG. Il n'avait jamais été président.
Rocard à Sciences Po et à l'ENA : Louis-le-Grand, le socialisme étudiant et Chirac dans les couloirs
Michel Rocard était né le 23 août 1930 à Courbevoie. Son père, le physicien Yves Rocard, souhaitait le voir entrer à Polytechnique pour y faire une carrière scientifique. Contre son avis, le jeune Michel avait choisi d'entrer à l'Institut d'études politiques de Paris en 1947, après le lycée Louis-le-Grand. Son père lui avait coupé les vivres dans un premier temps.
À Sciences Po, Rocard avait immédiatement rejoint le groupe socialiste SFIO des étudiants. Il en était devenu secrétaire. C'est dans les couloirs de Sciences Po qu'il avait noué des amitiés durables – avec Jacques Chirac, Édouard Balladur, Jérôme Monod. Des amitiés de promo qui traverseront des décennies de rivalités politiques. Il avait dit plus tard : "C'est à Sciences Po que je suis devenu socialiste." Il y avait aussi développé une conception de l'action publique fondée sur l'expertise et la négociation – ce qu'on appellerait la "deuxième gauche".
Diplômé de Sciences Po en 1952, il avait préparé l'ENA. Admissible en 1952 et 1953, il avait été admis en 1954 et intégré la promotion 18-Juin en 1956. Il en était sorti en 1958, classé dans les premiers, et avait rejoint l'Inspection des finances.
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Rocard en Algérie, le rapport sur les camps et la rupture avec la SFIO
Affecté en Algérie à sa sortie de l'ENA, Rocard avait sillonné le pays dans un rayon de 500 km autour d'Alger. Il avait visité des douars et des mechtas, constaté les conditions des camps de regroupement de la population musulmane. Son rapport de 1959 estimait à 200 000 les morts de faim dans ces camps. Des extraits avaient été publiés dans France Observateur et Le Monde. Le Premier ministre Michel Debré avait tenté en vain de le révoquer.
Ce rapport avait précipité la rupture définitive de Rocard avec la SFIO – le parti socialiste traditionnel qui soutenait la guerre d'Algérie. En 1958, il avait participé à la création du Parti socialiste autonome (PSA), puis en 1960 à celle du Parti socialiste unifié (PSU). En 1967, il en devenait le secrétaire national. En 1969, il était candidat à l'élection présidentielle – 3,6 % des voix, mais une présence télévisée remarquée qui lui avait construit une notoriété nationale.
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Rocard Premier ministre : le RMI, la CSG et la Nouvelle-Calédonie
En mai 1988, après sa réélection, François Mitterrand avait nommé Michel Rocard Premier ministre – son rival historique au sein du Parti socialiste, celui qui avait failli lui ravir la candidature présidentielle en 1980. La lecture politique de cette nomination était double : lui confier le pouvoir, ou le neutraliser en lui ôtant toute posture d'opposition. Rocard avait accepté, sans majorité absolue à l'Assemblée nationale.
En 30 mois à Matignon, Rocard avait réussi deux réformes majeures. Le Revenu minimum d'insertion (RMI) en 1988 – premier filet de sécurité universel pour les exclus du marché du travail, qui ouvrait un droit à l'accompagnement social. La Contribution sociale généralisée (CSG) en 1991 – prélèvement sur tous les revenus pour financer la protection sociale, qui deviendrait le premier prélèvement obligatoire français. Ces deux textes avaient résisté au temps mieux que presque toute l'œuvre législative de la Ve République.
Il avait aussi réussi à rétablir la paix en Nouvelle-Calédonie : les accords de Matignon de juin 1988, signés entre indépendantistes kanaks et loyalistes, avaient mis fin à plusieurs années de violence. Une médiation patiente, dans un contexte où la violence avait déjà fait des morts. En mai 1991, Mitterrand avait remplacé Rocard par Édith Cresson.
Michel Rocard après Matignon : le PS, l'Europe et la mort du rival de Mitterrand
En 1993, Rocard avait pris la tête du Parti socialiste après la déroute aux législatives. Il avait démissionné quatorze mois plus tard après un mauvais résultat aux européennes de 1994. Il n'avait plus jamais occupé de position gouvernementale. Il avait été député européen de 1999 à 2009, s'engageant notamment pour l'abolition des armes nucléaires au sein de la Commission de Canberra.
Michel Rocard était mort le 2 juillet 2016 à Paris, à 85 ans. Sa rivale amoureuse aurait pu être la présidence – il en avait eu les sondages, jamais le timing. Pour les alumni de Sciences Po Paris et de l'ENA, il incarne le paradoxe d'un homme formé pour l'action publique, convaincu que la compétence devait primer sur l'idéologie, et constamment entravé par les luttes de pouvoir internes à sa propre famille politique. Le RMI et la CSG sont là. La présidence n'avait pas été là.
Questions fréquentes sur Michel Rocard
Quelle école a fait Michel Rocard ?
Michel Rocard avait été diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po, promotion 1952) et de l'ENA (promotion 18-Juin, 1956-1958). Il avait fait sa scolarité au lycée Louis-le-Grand. À Sciences Po, il avait adhéré aux étudiants socialistes SFIO et y avait côtoyé notamment Jacques Chirac et Édouard Balladur.
Que doit-on à Michel Rocard comme Premier ministre ?
Michel Rocard, Premier ministre de 1988 à 1991, avait créé deux réformes majeures : le Revenu minimum d'insertion (RMI, 1988), premier filet de sécurité universel pour les exclus du marché du travail, et la Contribution sociale généralisée (CSG, 1991), prélèvement sur tous les revenus finançant la protection sociale. Il avait aussi négocié les accords de Matignon qui avaient rétabli la paix en Nouvelle-Calédonie en juin 1988.
Pourquoi Michel Rocard n'a-t-il jamais été président ?
Michel Rocard avait renoncé à se présenter à l'élection présidentielle en 1981 et en 1988, par loyauté envers François Mitterrand et sous pression du Parti socialiste. En 1980, les sondages le donnaient favori pour battre Giscard d'Estaing. Sa rivalité avec Mitterrand, qui ne lui avait jamais pardonné ses ambitions présidentielles, l'avait constamment maintenu dans un rôle de second – jusqu'à la nomination à Matignon en 1988, qui avait clos définitivement ses espoirs de candidature.





