Elle avait quitté Varsovie à 24 ans parce que la Pologne russe interdisait les études supérieures aux femmes. Elle avait vécu dans une mansarde rue Flatters, mangé du chocolat et des radis pour économiser. Elle était parmi les 2 % de femmes inscrites à la Sorbonne. Elle avait découvert le polonium et le radium. Reçu deux prix Nobel dans deux disciplines différentes – la seule personne à l'avoir jamais fait. Elle avait refusé la Légion d'honneur. Elle est morte de l'irradiation qu'elle avait elle-même découverte.
Marie Curie à la Sorbonne : Varsovie, le pacte des sœurs et la mansarde du Quartier latin
Maria Salomea Skłodowska avait vu le jour le 7 novembre 1867 à Varsovie, dans une Pologne sous domination russe. Ses parents étaient enseignants – son père professeur de mathématiques et de physique, sa mère directrice d'école. Elle avait grandi dans une famille où l'instruction était un acte de résistance nationale. Mais à Varsovie, les universités n'admettaient pas les femmes. Le seul accès à la science avait été l'université volante – institution clandestine qui dispensait un enseignement scientifique aux femmes en faisant tourner les cours d'appartement en appartement, sous surveillance de la police russe.
Elle avait conclu un pacte avec sa sœur aînée Bronia : l'une travaillerait pour financer les études de l'autre à Paris, puis elles inverseraient les rôles. Maria s'était placée pendant cinq ans comme préceptrice dans des familles de province pour financer Bronia en médecine. En octobre 1891, à 24 ans, elle avait pris le train pour Paris, francisé son prénom en Marie et s'était inscrite à la Faculté des sciences de la Sorbonne – parmi les 2 % de femmes présentes sur les bancs de l'université.
Elle vivait dans une mansarde rue Flatters, proche de la Sorbonne, avec un réchaud à alcool, du chocolat et des radis. Elle étudiait le jour, donnait des cours particuliers le soir. En 1893, elle avait obtenu sa licence de sciences physiques – première de sa promotion. En 1894, sa licence de mathématiques. Deux licences en trois ans, dans une langue qui n'était pas la sienne.
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Marie Curie, Pierre et la découverte de la radioactivité
C'est Gabriel Lippmann, son mentor à la Sorbonne, qui lui avait présenté Pierre Curie en 1894. Pierre était alors préparateur de physique à l'ESPCI, spécialiste reconnu de la piézoélectricité et du magnétisme. Leur intérêt commun pour la science les avait rapprochés. Ils s'étaient mariés le 26 juillet 1895.
En 1897, Marie avait entrepris une thèse de doctorat sur les rayons uraniques découverts par Henri Becquerel. Travaillant dans un hangar délabré de l'ESPCI, elle avait établi que certains minerais étaient bien plus radioactifs que l'uranium pur – signe qu'ils contenaient des éléments inconnus. Pierre avait abandonné ses propres recherches pour la rejoindre. Ensemble, ils avaient découvert en juillet 1898 le polonium – nommé ainsi en hommage à la Pologne opprimée – puis en décembre 1898 le radium. C'est Marie qui avait inventé le terme "radioactivité".
En juin 1903, elle avait soutenu sa thèse de doctorat – première femme en France à obtenir un doctorat ès sciences physiques. La même année, les époux Curie partageaient avec Henri Becquerel le prix Nobel de physique. Marie devenait la première femme à recevoir un Nobel.
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Curie après Pierre : premier cours à la Sorbonne et deuxième Nobel
Le 19 avril 1906, Pierre Curie avait été tué dans un accident de circulation – renversé par un chariot hippomobile place Dauphine, la roue arrière lui avait brisé la tête. Marie avait 38 ans. La communauté scientifique avait été profondément ébranlée. La Sorbonne lui avait proposé de prendre la chaire de son mari.
Le 5 novembre 1906, elle avait donné son premier cours – un événement que des centaines d'étudiants, journalistes et curieux avaient voulu voir. Elle était devenue la première femme professeure des universités en France. En 1908, la première femme titulaire d'une chaire à la Sorbonne. En janvier 1911, elle avait présenté sa candidature à l'Académie des sciences – et avait été rejetée. L'Académie n'accueillerait une femme dans ses rangs qu'un demi-siècle plus tard.
En novembre 1911, alors que la presse nationaliste déchaînait une violente campagne xénophobe contre elle en raison de sa liaison avec le physicien Paul Langevin, le comité Nobel lui attribuait son deuxième prix Nobel – de chimie cette fois, pour la découverte du radium et du polonium. Elle restait la seule personne à avoir reçu deux Nobel dans deux disciplines différentes.
Les petites Curies, l'Institut du radium et la mort par irradiation
Pendant la Première Guerre mondiale, Marie Curie avait conçu et déployé des unités radiologiques mobiles – les "petites Curies" – des voitures équipées d'appareils à rayons X permettant de localiser les éclats d'obus chez les blessés au plus près du front. Elle s'était formée à la radiologie, avait formé à son tour des infirmières et des médecins. Ces unités avaient permis d'examiner plus d'un million de blessés.
Marie Curie était morte le 4 juillet 1934 au sanatorium de Sancellemoz en Haute-Savoie, à 66 ans, d'une aplasie médullaire causée par une exposition prolongée aux rayonnements ionisants. Elle et Pierre avaient travaillé pendant des années sans protection, manipulant des éléments radioactifs à mains nues, transportant des ampoules de radium dans leurs poches. Elle avait découvert ce qui la tuerait. En 1995, ses restes avaient été transférés au Panthéon – première femme honorée pour ses propres mérites à y reposer. Son corps était arrivé dans un cercueil plombé, pour protéger des irradiations résiduelles encore présentes soixante ans après sa mort.
Questions fréquentes sur Marie Curie
Quelle école a fait Marie Curie ?
Marie Curie avait étudié à la Faculté des sciences de Paris (Sorbonne), où elle s'était inscrite en octobre 1891 après avoir quitté Varsovie. Elle y avait obtenu deux licences : une en sciences physiques en 1893 (première de sa promotion) et une en mathématiques en 1894. Elle avait également soutenu sa thèse de doctorat ès sciences physiques à la Sorbonne en 1903.
Pourquoi Marie Curie a-t-elle reçu deux prix Nobel ?
Marie Curie avait reçu le prix Nobel de physique en 1903, partagé avec Pierre Curie et Henri Becquerel, pour ses recherches sur la radioactivité. Elle avait ensuite reçu le prix Nobel de chimie en 1911, à titre individuel, pour la découverte des éléments polonium et radium. Elle reste la seule personne à avoir reçu le prix Nobel dans deux disciplines scientifiques différentes.
De quoi Marie Curie est-elle morte ?
Marie Curie était morte le 4 juillet 1934 d'une aplasie médullaire – une destruction de la moelle osseuse causée par une exposition prolongée et non protégée aux rayonnements ionisants. Elle avait travaillé pendant des décennies avec des éléments radioactifs sans aucune protection, transportant parfois des ampoules de radium dans ses poches. Son corps, encore légèrement radioactif soixante ans après sa mort, avait été placé au Panthéon dans un cercueil contenant une couche de plomb.





