29/03/2026

Fleur Pellerin, ESSEC : de Séoul à Bercy, le parcours d’une Kim Jong-suk devenue ministre de la Culture

Fleur Pellerin, née Kim Jong-suk à Séoul, adoptée à 6 mois, a fait l'ESSEC, Sciences Po et l'ENA. Elle a été ministre de la Culture et fondé Korelya Capital.

Elle s’appelait Kim Jong-suk. Elle a été abandonnée dans une rue de Séoul peu après sa naissance. Adoptée à six mois par une famille française, elle a grandi à Montreuil. Elle a fait l’ESSEC, Sciences Po et l’ENA. Elle a été la première ministre française d’origine coréenne. Son premier retour en Corée du Sud s’est fait en 2012 – dans le cadre d’une visite gouvernementale officielle. Il y avait des photographes.

Pellerin à l’ESSEC : de Montreuil au classement d’une grande école de commerce

Fleur Pellerin naît le 29 août 1973 à Séoul, Corée du Sud. Son nom de naissance est Kim Jong-suk. Elle est abandonnée dans une rue peu après sa naissance. À six mois, elle est adoptée par une famille française – son père entrepreneur, sa mère sans profession – qui vit dans un HLM à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. La famille déménage ensuite à Versailles.

Elle fait sa scolarité secondaire au lycée franco-allemand de Buc dans l’académie de Versailles – un établissement bilingue où elle obtient à la fois le baccalauréat scientifique et l’Abitur, son équivalent allemand. Elle n’a que 16 ans. Elle intègre ensuite une classe préparatoire commerciale, puis l’ESSEC Business School en 1991, dont elle sort diplômée à 21 ans en 1994.

Ce triple profil – ESSEC, Sciences Po, ENA – est la configuration la plus complète qui soit pour accéder aux fonctions économiques et politiques de l’État français. La formation ESSEC lui apporte la rigueur des marchés, la finance, la stratégie d’entreprise – un socle qui distinguera plus tard sa vision du numérique comme levier économique concret, pas comme sujet technocratique abstrait.

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Sciences Po, ENA promotion Averroès : une promotion hors du commun

Après l’ESSEC, Pellerin intègre Sciences Po Paris (section Service public, diplômée 1996), puis réussit le concours externe de l’ENA à 24 ans. Elle intègre la promotion Averroès (1998-2000) – l’une des promotions les plus remarquables de l’histoire récente de l’école. Parmi ses camarades : Alexis Kohler (futur secrétaire général de l’Élysée sous Macron), Audrey Azoulay (future directrice générale de l’UNESCO, qui lui succédera comme ministre de la Culture), Julien Bargeton, Nicolas Kazadi.

À sa sortie de l’ENA, elle entre à la Cour des comptes comme auditrice. De 2001 à 2006, elle est parallèlement auditrice externe pour les Nations Unies en Irak, à Genève et à New York. Ce double parcours – magistrature financière et droit international – construit une technicité rare sur les questions de régulation économique et de gouvernance mondiale.

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Ministre du numérique : la French Tech comme projet politique

En 2012, dans l’équipe de campagne de François Hollande, Fleur Pellerin est responsable du pôle économie numérique. Sa nomination comme ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique est immédiate après la victoire – elle a 38 ans. En Corée du Sud, sa nomination fait la une des grands quotidiens nationaux. Les médias coréens insistent sur une « enfance difficile » que ses propres déclarations nuancent : elle n’a pas souffert de son adoption, dit-elle, et n’a pas cherché ses origines biologiques.

Son initiative la plus structurante comme ministre du numérique : le label « La French Tech », lancé en 2013. Ce programme de soutien aux startups françaises à l’international – hubs French Tech dans les grandes villes mondiales, accompagnement des scale-ups, visibilité internationale – a contribué à construire l’image de la France comme nation d’innovation technologique. Le terme « French Tech » est aujourd’hui entré dans le vocabulaire courant.

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Ministre de la Culture et l’affaire Modiano : une sortie difficile

En août 2014, elle devient ministre de la Culture et de la Communication dans le gouvernement Valls. Son passage est marqué par une controverse : en octobre 2014, lors de l’attribution du Prix Nobel de littérature à Patrick Modiano, elle ne peut pas citer une seule de ses œuvres dans une interview radio. La séquence est commentée pendant des semaines. Elle s’en excuse publiquement.

Son bilan culturel est plus substantiel que cet épisode ne le laisse croire : elle défend le droit d’auteur à l’ère numérique, engage des réformes sur la politique audiovisuelle, soutient l’exception culturelle française dans les négociations commerciales avec les États-Unis. Mais le contexte – cohabitation difficile avec l’industrie culturelle, budget serré, remaniement inattendu – ne lui laisse pas le temps de construire une œuvre durable. Elle quitte le gouvernement en février 2016.

Korelya Capital : le pont entre la France et la Corée

En 2016, elle démissionne de la Cour des comptes – « par souci d’éthique », dit-elle, ne voulant pas faire payer à la collectivité le coût de sa reconversion – et fonde Korelya Capital, fonds d’investissement spécialisé dans les technologies. Sa mission : faire le pont entre les investisseurs coréens (notamment les chaebols comme Naver et Kakao) et les startups françaises et européennes à la recherche de capitaux et de marchés en Asie.

Ce projet est à l’intersection de toutes ses histoires : la formation économique de l’ESSEC, la rigueur de la Cour des comptes, l’expérience ministérielle du numérique, et ses racines coréennes – qu’elle dit avoir redécouvertes progressivement depuis 2012. Le premier retour en Corée dans le cadre gouvernemental avait été un choc discret. Il a ouvert une relation personnelle et professionnelle durable avec un pays qu’elle ne connaissait pas.

Pour les alumni de l’ESSEC, Fleur Pellerin représente une trajectoire singulière : une adoption, une famille de classe moyenne, un triple cursus ESSEC-Sciences Po-ENA, la haute fonction publique, les ministères, et finalement un retour au privé pour construire quelque chose de personnel. Ce dernier geste – quitter la sécurité de la Cour des comptes pour fonder un fonds – est peut-être le plus révélateur d’un profil que l’ESSEC reconnaît comme le sien.

Questions fréquentes sur Fleur Pellerin

Quelle école a fait Fleur Pellerin ?

Fleur Pellerin est diplômée de l’ESSEC Business School (1994), de Sciences Po Paris (section Service public, 1996) et de l’ENA (promotion Averroès, 1998-2000). Elle est sortie de l’ENA dans le corps de la Cour des comptes.

Fleur Pellerin est-elle d’origine coréenne ?

Oui. Née Kim Jong-suk le 29 août 1973 à Séoul, Fleur Pellerin a été adoptée à l’âge de six mois par une famille française. Elle est la première ministre française d’origine coréenne. Son premier retour en Corée du Sud s’est fait en 2012, dans le cadre d’une visite gouvernementale officielle.

Qu’est-ce que Korelya Capital ?

Korelya Capital est un fonds d’investissement fondé par Fleur Pellerin en 2016, spécialisé dans les technologies. Il vise à connecter les investisseurs coréens (notamment des grands groupes comme Naver et Kakao) avec les startups françaises et européennes, et à aider ces dernières à accéder aux marchés asiatiques.

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