En 2006, Spotify n'existait pas encore. Apple vendait des fichiers MP3 à 99 centimes pièce. Et Jonathan Benassaya, encore étudiant à l'ESSEC, travaillait depuis l'incubateur de l'école sur une plateforme de streaming musical gratuit et légal. L'idée était simple, l'exécution l'était beaucoup moins. Deezer est aujourd'hui présent dans 180 pays. Benassaya en est parti en 2010 pour recommencer ailleurs.
Benassaya à l'ESSEC et Arts et Métiers : une double formation ingénieur-manager
Jonathan Benassaya naît le 24 septembre 1980 à Montpellier. Il suit un double cursus atypique : diplômé de l'École nationale supérieure des Arts et Métiers (ENSAM), école d'ingénieurs, et de l'ESSEC Business School. Cette combinaison ingénieur-manager est rare et délibérée – elle lui donnera, plus tard, la capacité de dialoguer aussi bien avec les développeurs de sa plateforme qu'avec les labels musicaux et les investisseurs.
Après ses études, il commence comme beaucoup de ses camarades : banque d'affaires. Mais il n'y reste pas longtemps. En 2005, il fonde une régie de publicité en ligne spécialisée dans le jeu vidéo. Pour la développer, il part à Shanghai et Pékin – une immersion dans le marché chinois qu'il ne cherchait pas à faire depuis Paris. Il finit par revendre la société et rentre en France.
Ce passage en Chine n'est pas anecdotique. Il lui apprend à lire un marché sans infrastructure établie, à construire une organisation dans un environnement culturellement étranger, à prendre des décisions sans filet. Des compétences que l'ESSEC lui avait données en théorie, et que Shanghai lui a données en pratique.
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Blogmusik, la SACEM et Deezer : la naissance d'un modèle légal depuis l'ESSEC
De retour en France, Benassaya rencontre Daniel Marhely, développeur qui vient de lancer Blogmusik – un site de streaming musical gratuit qui agrège les fichiers audio disponibles sur le web. La plateforme attire rapidement des millions d'utilisateurs. Elle est aussi complètement illégale.
En avril 2007, la SACEM exige la fermeture. Là où d'autres auraient fermé boutique ou bataillé en justice pendant des années, Benassaya et Marhely choisissent de négocier. Ils proposent à la SACEM et aux sociétés de gestion des droits un modèle financé par la publicité, où les artistes sont rémunérés à chaque écoute. C'est le premier accord du genre en France. Le site rouvre le 22 août 2007 sous le nom Deezer.
Ce moment est crucial : le projet est développé au sein de ESSEC Ventures, l'incubateur de l'école, pendant que Benassaya est encore étudiant. L'ESSEC lui offre ainsi non seulement une formation, mais un espace physique et un réseau pour lancer ce qui deviendra l'un des leaders mondiaux du streaming musical. C'est l'incarnation exacte de ce qu'un incubateur d'école de commerce peut produire.
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Deezer face à Spotify : le streaming musical avant que ce soit un marché
En 2007, le pari est audacieux. Les labels musicaux se méfient d'internet depuis Napster. Les utilisateurs ont l'habitude de télécharger illégalement. La publicité sur le web ne génère pas encore des revenus suffisants pour rémunérer décemment les artistes. Deezer navigue dans un écosystème hostile.
Pourtant la plateforme décolle. Elle est la première en France à proposer une écoute légale et gratuite, financée par la publicité. En 2009, elle lance des abonnements payants – 5 et 10 euros par mois – qui permettent l'écoute sur mobile et le téléchargement. Orange entre au capital. Les utilisateurs se comptent en millions. Spotify, le concurrent suédois lancé en 2008, n'est pas encore disponible en France.
En novembre 2010, Benassaya quitte la présidence de Deezer. Il a 30 ans. L'entreprise qu'il laisse derrière lui est solidement implantée, avec un modèle économique qui fonctionne et un accord avec Orange qui lui assure une distribution massive. C'est rare de savoir partir d'une création qui marche encore.
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Après Deezer : un serial entrepreneur qui recommence
Depuis son départ de Deezer, Benassaya a fondé ou cofondé plusieurs projets. Stream Nation d'abord – plateforme de stockage et partage de contenus multimédias. Puis d'autres initiatives dans l'écosystème tech, en restant dans les angles qu'il connaît : la distribution de contenus numériques, les modèles économiques hybrides, les marchés où le légal et l'illégal se côtoient.
Son parcours illustre une trajectoire que l'ESSEC produit de plus en plus : non pas le grand patron d'un groupe hérité ou d'une banque, mais l'entrepreneur technologique de première génération, capable de construire quelque chose de structurant, de le lancer, et de s'en aller avant que ça devienne une routine. Le streaming musical en France, c'est lui qui en a écrit les règles du jeu. Spotify n'avait pas encore mis un pied sur le marché français quand Deezer avait déjà des millions d'utilisateurs.
Questions fréquentes sur Jonathan Benassaya
Quelle école a fait Jonathan Benassaya ?
Jonathan Benassaya est double diplômé de l'ESSEC Business School et de l'École nationale supérieure des Arts et Métiers (ENSAM). C'est depuis l'incubateur de l'ESSEC, ESSEC Ventures, que Deezer a été lancé en 2007, alors qu'il était encore étudiant.
Comment Deezer a-t-il été fondé ?
Deezer est né de la transformation de Blogmusik, plateforme illégale de streaming lancée par Daniel Marhely en 2006. Face à la pression de la SACEM, Jonathan Benassaya et Marhely ont négocié un accord pionnier avec les sociétés de gestion des droits et relancé la plateforme sous le nom Deezer le 22 août 2007, premier site français de streaming musical légal et gratuit.
Pourquoi Jonathan Benassaya a-t-il quitté Deezer ?
Jonathan Benassaya a quitté la présidence de Deezer en novembre 2010, trois ans après la création de la plateforme. Il a choisi de se consacrer à de nouveaux projets entrepreneuriaux, notamment Stream Nation. Il est l'un des rares fondateurs à avoir quitté volontairement une entreprise en pleine croissance pour recommencer de zéro ailleurs.




